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Dimanche 28 avril 2013 7 28 /04 /Avr /2013 11:15

Tout, sauf de tristes tropismes !

 

L’Escale du livre permet chaque année la venue à Bordeaux d’écrivains, d’éditeurs et de libraires issus du grand sud ouest, d’Hexagonie et de tous les horizons… Le parvis et le parc attenant à l’église Sainte-Croix ont accueilli, du 5 au 7 avril, l’édition 2013 de la manifestation. L’opportunité, pour ceux qui les ont déjà humées, de respirer à nouveau les fragrances du terreau littéraire d’un « quart de France ».

 

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        L'Escale du livre, sur le parvis de l'église Sainte-Croix (Photo François Ducasse)

On utiliserait avec gêne – afin d’évoquer cette marqueterie de biotopes - le mot de « province », parfois énoncé avec une décevante condescendance par certains doctes esprits de la capitale ; un vocable qui désignerait une terra incognita uniforme, un ensemble indistinct ou pittoresque, au delà des limes de la République des Lettres… Comment convaincre tels essorillés que des auteurs de Sabres ou de Périgueux ne se revendiquent pas inévitablement d’un terroir, que les « identités » - lorsqu’on les convoque - se révèlent fines, inextricables et tigrées… que le talent n’a pas d’adresse postale ? Et ne nous méprenons pas ! On peut être « politiquement » Jacobin et regretter que Benard Lubat ou Michel Suffran ne soient des icônes nationales ! Mais c’est un autre débat… Ce qui ne devrait pas y prêter est la reconnaissance de l’une des invitées du salon comme l’un des écrivains actuels majeurs. Marie NDiaye s’exprime d’une « voix » unique, aux côtés de grands anciens tels que J.M.G. Le Clézio, Philippe Sollers… ou Michel Déon. Agé de près de 94 ans, le dernier des Hussards était également l’un des convives de l’escale bordelaise.

 


Les éditeurs et les libraires à l’honneur

 

Les festivités livresques de cette nature sont des opportunités rares de rencontrer d’autres acteurs essentiels que sont les libraires et les éditeurs ; même si, en cette circonstance, nous n’avons pu revoir nos amis de Myriapode, deCulture Suds ou de La Librairie Georges… que nous saluons chaleureusement. D’autres personnalités nous attendaient sur leurs stands, dont les ambassadeurs de Citadelles & Mazenod. A l’extrême opposé d’une « Taschenisation » (que nous déplorons… tout en acquérant leurs productions bon marché), la maison créée en 1936 par Lucien Mazenod se distingue, depuis sa naissance, par de prestigieuses publicationsCitadellesMazenodFrançoisDucasse « sur mesure ». Ces orfèvres de l’édition d’art ont initié les collections La Galerie des hommes célèbres, ou Les Œuvres célèbres, dirigées, en leur temps, par Raymond Queneau, Maurice Merleau-Ponty, André Leroi-Gourhan… Les trente-cinq titres de L'art et les grandes civilisations – des sommes de plus 600 pages – ont définitivement consacré cette entreprise de diffusion des savoirs. Après sa reprise par François de Waresquiel en 1984, l’éditeur choisira le nom de Citadelles & Mazenod, tout en perpétuant la tradition de parutions  d’une très haute tenue, en termes de contenu et de forme. Des études monographiques (Raphaël, Rembrandt, Goya...) côtoient, dans leur catalogue, des volumes dédiés au patrimoine de grandes villes (Paris, Rome, Istanbul...), ou des « coups de cœur » (Fresques italiennes de la Renaissance...). Toujours impressionnants à feuilleter (et relativement onéreux…), ces beaux-livres étaient présentés à Bordeaux par deux gentlemen gascons, hommes de culture et de partage. La discussion chemina de Picasso à Zocato, de Jean Lacouture à Germaine Tillon, de Chaban-Delmas à Rol-Tanguy, pour se conclure sur l’évocation du grand-père d’un de nos interlocuteurs ! Paul Adolphe Marie Prosper Granier de Cassagnac (Guadeloupe, 1842 - Saint-Viâtre, 1904) fut journaliste, député du Gers et fameux bretteur, avec vingt-deux duels victorieux, dont l’un l’opposa à Charles Maurras !

 


Drouyn, Arnaudin, Iturria…

 

D’autres parfums émanaient chez Les Editions de l’Entre-deux-mers, notamment du très émouvant Bordeaux mémoire partagée, un recueil d’images sensibles de l’ami Ducasse, accompagnées des textes du regretté Jean-François Mézergues et d’une préface admirablement suffranesque. Nées en 2000, Les Éditions de l’Entre-deux-Mers furent initiées afin d’éditer l’intégrale des créations de Léo Drouyn (1816-1896), auteur, en sus d’autres vocations, de plus de 5 000 dessins et de près de 1 550 gravures, témoignant du patrimoine aquitain de son époque. Le parti-pris originel était donc « de présenter tous les documents iconographiques : non seulement les dessins, mais les croquis, des notes archéologiques manuscrites, non seulement les gravures à l’eau-forte, mais les gravures sur bois ou les morsures sur zinc, plans ou détails. » On connaît moins noble intention ! Depuis son siège de Saint-Quentin-de Baron, cette structure éditoriale présidée par l’historien Bernard Larrieu a progressivement enrichi, de volumes en format à l’italienne – dix-huit à ce jour - la collection Léo Drouyn, les albums de dessins. La consultation du tome Le Bassin d’Arcachon et la Grande Lande (1998 puis 2009) incidenta une discussion sur les caractéristiques de la forêt usagère de la Teste-de-Buch, ses baillettes, ses maisons de résiniers et son « sommet » : Le Truc de la truque, culminant à 75 mètres (si, si !).


 

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       Du côté d'Arcachon, par Léo Drouyn...

 


Afin de continuer à être en excellente compagnie, des haltes s’imposaient chez Les Dossiers d’Aquitaine, heureux éditeur de Franck Lafossas et de Michel Suffran, ou aux Editions du Cairn pour déguster la « trilogie espagnole » de Michel Dieuzaide (Aficion, Españas, Compas). Quelques mètres plus loin, les Editions Atlantica dévoilaient Pays Basque, au tournant d’un siècle, un ouvrage de Jean Dieuzaide, le père, (1921-2003), photographe né à Grenade, en Haute-Garonne, et mondialement connu pour son portrait de Dali « sauvé des eaux », les pointes de la moustache tressées de fleurs…

 

 

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       Dalì dans l'eau, (Cadaquès, 1953, Jean Dieuzaide)

 


Sur le même étal, mais sur un tout autre registre, on découvrait avec bonheur le livre consacré à Pablo Tillac, peintre, graveur, sculpteur et illustrateur. Cette récente publication (Pierre Minvielle, Pablo Tillac, Le portraitiste des Basques, 2013) révèle tout l’éclat d’un artiste qui illustra la vie des marchés, des églises ou  des trinquets de Cambo et de ses environs.

 

 

PabloTillacAtlantica

 

 

Si sa famille est originaire de Sare, Michel Iturria est  né, a grandi et a diffusé son art depuis la capitale aquitaine. En 2012, fut édité par Le Castor Astral une sélection de ses saisissants dessins (Iturria, la vie comme elle va), à l’occasion de l’exposition l’honorant au Musée d’Aquitaine. Il est vrai que Bordeaux peut s’enorgueillir d’une glorieuse ligné avec Sem, Sempé, Chaval…

 

 

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       Zocato, Ducasse, Iturria, une première ligne de rêve (2010, Photo DR)


Le Castor Astral,présente chaque année à L’Escale du livre la provende d’une politique éditoriale très diversifiée, dont les études de Florent Mazzoleni, grand spécialiste de la Great Black Music (Burkina Faso, musiques modernes voltaïques, Musiques modernes et traditionnelles du Mali…). Mais, incontestablement, leur « coup médiatique » du moment s’avère Céline coupé en deux, une « fiction » traitant du cas Destouches… écrite par Eugène Saccomano ! On apprend ainsi que ce dernier, plus connu pour « refaire le match », a publié plusieurs romans dont Bandits à Marseille (Julliard), qui inspira le film Borsalino.

 


Un festin d’Aquitaine

 

Un arrêt aux Editions Confluences offre toujours l’inextinguible plaisir de se plonger dans la prodigieuse œuvre de Félix Arnaudin (1824-1921), le « Grand Homme » de la Haute-Lande,écrivain, photographe, linguiste, folkloriste, historien, ethnologue inexpugnable d’un terroir en transformation … né et mort à Labouheyre

 


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       Le stand de la revue Le Festin à L'Escale du livre (Photo François Ducasse)

 


Ces fibres landaises composent l’une des trames patiemment élaborées par Le Festin, depuis sa naissance en 1989. La revue butine son pollen à toutes les efflorescences de l’Aquitaine, diffusant depuis 85 numéros ses richesses artistiques et patrimoniales, tout en développant une activité d’éditeur. Parmi leurs publications, on retrouve le très beau catalogue de « l’exposition-retrospective » consacrée, en la chapelle médiévale de Mérignac, à Bernard Ouvrard (La Tête contre les murs, 2007). Le modeste auteur de ces lignes avait eu l’honneur d’admirer les toiles de ce peintre de premier plan, en compagnie de Michel Pourteyron, un autre immense artiste… toujours présent dans nos cœurs… Sur l’opuscule pré-cité apparaît le témoignage intense d’une autre personnalité regrettée. L’écrivain et journaliste Patrick Espagnet avait offert, en un texte dédié à son ami Ouvrard, ses miraculeuses fulgurances…  

 

 

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  La tête contre les murs (Le Festin, 2007)

 


Un air d’Espagnet

 

Le nom du « joli petit talonneur de Grignols » était sur toutes les bouches durant le salon bordelais ; une maison d’édition du cru étant résolu à publier une anthologie d’écrits qui ont marqué au fer une génération de « Bordeluches » et de tant d’autres… Sa prose, digne d’un Audiard déjanté, ensorcelle le lecteur des dix nouvelles de La Gueuze, (Cultures sud, 2001), titrées de noms de boissons alcoolisées, du Pomerol à laPatrickEspagnetrugby Jeanlain. Cette déclaration d’amour aux mots issus de tous les horizons éclaire également les récits de XV Histoires de Rugby (Cultures sud, 2003), le livre le plus « gascon », enraciné dans le terreau de l’Ovalie. Et puis il y a Les Noirs (Loubatières, 2002), ce recueil de poèmes en prose aux accents incantatoires ; originellement une projet de collaboration avec François Ducasse, qui reçut ensuite le soutien admiratif de Pierre Albaladejo. Patrick Espagnet avait déjà publié en 1994 Ventre de ville (Editions Confluences et mairie de Bordeaux, 1994), une pièce courte qui éclairait d’une lumière crue ces heures où au marché des Capucins travailleurs et noctambules se croisent quand « le petit matin s’approche comme un chat du côté de la gare ». Bien avant, ses articles pour Sud Ouest avaient converti de nombreux aficionados, avec notamment cette chronique aussi décapante qu’attendue – Dérives – qui abordait les thèmes les plus variés. Il faudrait relire des perles telles que Froaések et Lumidédou, Messieurs les anglais, Entre deux, mais également le préambule au beau-livre Les Chemins de l’arène (photographies de François Ducasse, Editions Cairn, 2003)… et les hommages posthumes que lui ont rendu Christian Seguin ou Jean-François Mézergues… Des histoires sui généris, de généreuses échardes extraites du compost d’une florissante biosphère… Contons-les.  Car il s’agit de tout, sauf de tristes tropismes !

 

Stéphane Saubole

 

Par stephanesaubole - Publié dans : Littérature
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Samedi 23 mars 2013 6 23 /03 /Mars /2013 14:23

 

« Donner à entendre, en donnant à voir… »


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     Seguiriya, Mathieu Sodore (DR)
  

 

L’artiste Mathieu Sodore nous avait accordé un entretien, en février, lors du vernissage madrilène d’une exposition de ses œuvres dédiées au Flamenco. La présentation de cette série de tableaux - intitulée La música callada del cantaor en hommage à l’ouvrage de José Bergamìn – était couplée avec la projection du documentaire La Mano Azul (70 mn, 2009), réalisé par le cinéaste Floreal Peleato. Mathieu Sodore évoqua, avec autant de passion que d’honnête retenue, ce film qui lui est consacré, sa démarche créative, son afición pour la musique flamenca…

 


MathieuSodoreMataderoexpo

 


Stéphane Saubole. Pourquoi un artiste français vivant au Portugal expose-t-il à Madrid ?

 

Mathieu Sodore. Pour des raisons forts simples… L’une de mes aficiones, le Flamenco, imprègne ma démarche de peintre depuis plus de trois décennies. C’est pourquoi, dès l’âge de 17 ans, j’ai fréquemment séjourné en Espagne. Et depuis que je réside à Lisbonne, j’ai maintenu un lien avec ce pays et plus particulièrement avec la ville de Madrid. Il en résulte une certaine logique à ce que je présente une série de toiles traitant de Flamenco dans la capitale espagnole.

 

St.S. Quels furent les préalables à cette exposition, dans ce site exceptionnel, Matadero Madrid ?

 

MS. C’est un lieu que je juge merveilleux ; ces anciens abattoirs de Madrid qui ont été reconvertis en un centre de création contemporaine… L’intérêt de présenter ce travail ici est double, puisque Matadero dispose d’un grand nombre de salles d’exposition, dont une, attenante à une salle de projection, se situe dans ce qui s’appelle la Cineteca. Or, il y a trois ans, un cinéaste vivant à Madrid a réalisé un documentaire long métrage traitant de l’élaboration de cette série, depuis la toile blanche jusqu’à la signature. C’était donc une opportunité de coupler, ici, la projection de ce film La mano azul à la présentation des toiles.

 


«  Fort impressionné au début du tournage »


 

St.S. Diriez-vous quelques mots sur la genèse de La mano azul ?

 

MS. Ce projet est né d’une complicité avec le réalisateur Floreal Peleato. Etant cinéphile, je partage avec lui – qui est un grand amateur d’art - de nombreux centres d’intérêt. Donc, depuis un certain temps, nous avons des discussions passionnées et passionnantes afférentes à ces domaines. Mais s’il connaissait ma peinture, il ne m’avait jamais vu en situation, dans mon atelier. L’opportunité s’en est présentée, lors d’un de ses séjours à Lisbonne. Et cela lui a immédiatement donné l’envie d’une réalisation. Initialement, il en ignorait la forme… Mais dès qu’il fut de retour à Madrid, le lendemain de son arrivée, il m’a téléphoné pour me faire part de ce projet de documentaire… Ce fut le point de départ. 

 

 

LaManoAzul

 


St.S. Et n’avez-vous pas été intimidés par l’ombre tutélaire de Clouzot ?

 

MS. Euh… (Rires). J’étais fort impressionné (Rires), pour des raisons évidentes (Rires)… Floreal n’est pas Clouzot et je ne suis pas du tout Picasso ! De plus, même si des télévisions avaient déjà réalisé des petits sujets présentant ma peinture, il n’avait jamais été question d’un tournage long et abouti. Ainsi, lorsque j’ai accepté, je me suis senti à la fois flatté - c’est extrêmement plaisant et agréable que quelqu’un jette un tel regard sur votre travail – et un peu gêné. Et les trois premiers jours de tournage me virent extrêmement mal à l’aise, avec de fréquents « regards caméra »… Si bien que tous ces plans ont été coupés au montage et n’apparaissent pas dans le résultat final. Mais comme l’équipe de production était restreinte et leurs membres – le réalisateur photo, le preneur de son, Floreal - extrêmement professionnels et humainement attachants, ils ont su se faire très discrets. J’ai donc assez rapidement oublié leur présence, la caméra, l’éclairage…

 


« Prendre à contre-pied l’imagerie habituelle » 

 


St.S. Nous connaissions Mathieu Sodore, le « dessinateur », et, à l’occasion de cette exposition, nous découvrons des œuvres de grand format, aux larges à-plats… De surcroît, il apparaîtra surprenant de traiter d’un tel thème avec des toiles à l’acrylique.

 

MS. Concernant le format, dans la mesure où c’est une série de « portraits partiels », ne présentant que le bas du visage et la gorge - ce qui me semblait faire sens pour évoquer  des chanteurs de Flamenco - je voulais réaliser des images selon le principe du close-up au cinéma. Les personnages se révèlent donc plus grands que les spectateurs de façon à générer une présence, ne serait-ce que par la dimension de la toile. Je désirais produire cet effet. Pour le choix de l’acrylique, il y a déjà fort longtemps que j’ai adopté cette technique, même si j’ai peint à l’huile par le passé. Plus précisément, j’utilise des pigments naturels que je mélange avec un liant acrylique. J’ai une manière de travailler assez rapide, et en raison des temps de séchage, l’acrylique me convient mieux. C’est immédiat.

 


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Polo, Mathieu Sodore (DR)

 

St.S. On associe souvent l’imagerie flamenca à une peinture avec de « la matière », aux teintes sombres recouvertes d’un épais vernis… Y’avez-vous songé à l’heure de ces choix esthétiques différents ?

 

MS. J’y ai tout à fait songé. Il a même existé une volonté de prendre un peu le contre-pied des représentations habituellement associées à ce sujet. C’est une démarche que j’ai déjà empruntée afin d’illustrer d’autres thèmes, avec une palette radicalement différente à celle attendue. A mon sens, on en dit autant… Surtout, cela me correspond mieux et permet d’éviter le cliché, le lieu commun.

 

St.S. Par ailleurs, aviez-vous, aux débuts, l’idée d’une série, ou cette intention est-elle née après une ou deux œuvres ?

 

MS. Le souhait de réaliser un ensemble homogène est, pour deux raisons, à l’origine du projet. Déjà, j’ai pour habitude de travailler par séries. J’aime ce mode de fonctionnement qui m’autorise à créer simultanément deux, trois, voire quatre tableaux. Cela me permet de tâtonner, de rechercher, de retoucher… C’est une manière de procéder qui me plaît beaucoup et qui s’est révélée particulièrement adaptée à La música callada del cantaor, dans la mesure où l’un de mes objectifs était de figurer les différents registres du Flamenco. Je ne voulais pas me contenter de l’évocation d’un ou deux palos, mais présenter un ensemble significatif de ces styles.

 


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L'esposition La música callada del cantaor (DR)

 


« Le visage au cœur de ma démarche, depuis trente ans »

 


St.S. Quelle place prennent, dans le cadre de l’exposition madrilène, les œuvres de plus petit format, également présentées, mais séparément ?

 

MS. Avant de m’attaquer aux grandes toiles, j’avais réalisé une trentaine de dessins, obéissant à des contraintes semblables en termes de composition. Je désirais notamment vérifier que le fait d’éliminer les yeux ne nuisait pas à l’expressivité des visages. Puis vint le moment de choisir parmi ces encres de Chine. J’en ai retenu dix qui ont inspiré les dix tableaux de la série.


 

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Cante, encre sur papier, Mathieu Sodore (DR)


St.S. On admire, dans ces études, la force et la précision des traits, exécutés presque dans la logique d’un graveur… Comment évolue-t-on de ces œuvres plus « détaillées » à des tableaux aux larges à-plats ?

 

MS. Il est vrai qu’une des caractéristiques de ma production depuis toujours s’avère d’être celle d’un dessinateur-graveur plus que celle d’un peintre, « au sens peintre » du terme. Ceci-dit, il y a déjà longtemps que je réalise des séries de grand format… Cependant, mes ébauches demeurent toujours très structurées. Le dessin se révèle encore présent, de manière sous-jacente. Je dois être dans l’incapacité de me lancer sans cette préparation…


 

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Alegría, graphite sur papier, Mathieu Sodore (DR)


St.S. Ne fut-il pas trop délicat de choisir qu’ « effacer » ? 

 

MS. Ce sont des étapes… A l’époque des premiers travaux de cette nature, cet « effacement » fut effectivement presque douloureux. Mais on attend un autre résultat. Et… j’ose espérer que j’y suis à peu près parvenu. Donc je pense pertinent de sacrifier une technique que je maîtrise pour essayer d’en approfondir d’autres…

 

St.S. Le sujet principal… Est-ce le visage humain ou le Flamenco ? Ou les deux ?

 

MS. (Rires) Je vais me contenter d’une réponse de Normand : les deux ! (Rires) Plus sérieusement, le visage est au cœur de ma démarche depuis trente ans, quel que soit le thème. La rencontre de cet attrait pour le portrait et de ma passion pour la musique flamenca a donc inspiré cette série.

 

 

« Associer chaque tableau à un style flamenco »

 


St.S. On a pu constater lors du vernissage que le Flamenco, comme tous les sujets d’afición, inspire les polémiques, les discussions… Un Français n’est-il pas impressionné lorsqu’il s’attaque à ce thème ?

 

MS. Franchement non. Car heureusement, depuis environ quarante ans, les mentalités ont véritablement changé. Le regard que portent les Espagnols, et plus singulièrement les Andalous, sur des étrangers qui traitent du sujet a beaucoup évolué. Et bien souvent, les musiciens de Flamenco apprécient le public français, dont l’afición se révèle érudite, calme, à l’écoute…

 

St.S. Comment avez-vous associé les différents style de flamenco – par ailleurs très difficiles à distinguer pour le profane – aux tableaux qui en ont l’appellation ?

 

MS. Tout d’abord, bien que n’étant pas musicien, une écoute assidue m’a permis de capter quelques petites choses. Chaque palo se singularise par une métrique, un compás, un rythme. On les différencie également sur le plan mélodique, bien que cela soit parfois compliqué. Pour certains styles très voisins, la letra - les paroles - permettent de les identifier…

 

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Les oeuvres de Mathieu Sodore présentées à Madrid (St.Saubole)

 

St.S. Même si sur les toiles, on ne voit pas les yeux, ni ne figurent les noms, les bouches appartiennent à des interprètes célèbres, que les amateurs reconnaissent…

 

MS. Ma volonté était de me concentrer sur des équivalences plastiques, associant les couleurs à des rythmes. Je ne souhaitais pas réaliser des portraits d’Enrique Morente ou de Camaron… Mais je me suis amusé à représenter une chanteuse ou un chanteur connus sur chaque tableau ! C’est un supplément d’âme dédié aux connaisseurs, qui auront plaisir à les découvrir.

 

MathieuSodoreTango2009acrylique sur toile162X114cm

Tango, Mathieu Sodore (DR)


St.S. N’est-ce pas encore plus aventureux ? Et comment procédez-vous pour ces représentations ?

 

MS. Comme pour des portraits plus traditionnels, j’effectue une sélection de photographies du « modèle » et m’en inspire. Il est à préciser que les artistes flamencos choisis s’avèrent associés à des palos, qu’ils symbolisent. A titre d’exemple, pour illustrer le Martinete –originellement un chant de forge, sans accompagnement à la guitare, rythmé par un marteau frappant sur une enclume – j’ai choisi l’un des spécialistes de ce style. De même, pour l’Alegría, est figuré Rancapino, l’un de ses magnifiques interprètes.

 

St.S. Quelle est la réaction du public madrilène à ces œuvres, dans le cadre de l’exposition à Matadero ?

 

MS. Lors du vernissage, des aficionados de Flamenco ont jugé les choix assez pertinents… J’ai pu échanger avec des connaisseurs qui m’ont dit entendre les sons en voyant les tableaux. J’en suis véritablement flatté et ravi… car c’est le signe, que, d’une certaine manière, le pari est…

 

St.S. Gagné !

 

MS. Presque gagné…. A l’origine du projet, l’idée était que, tout en donnant à voir, on donnait à entendre. Et il semblerait que… enfin à tout le moins pour certaines personnes… que  cela fonctionne…

 

Propos recueillis par Stéphane Saubole 

 

 

 

Blog de Mathieu Sodore 

link

 

Site internet du centre culturel madrilène Matadero 

http://mataderomadrid.org/

http://www.mataderomadrid.org/ficha/2072/la-mano-azul.html

 

MataderoSaubole

 

Présentation du réalisateur Floreal Peleato 

 link

 

Extraits de La Mano Azul 

link

 

Par stephanesaubole - Publié dans : Beaux-Arts
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Vendredi 8 mars 2013 5 08 /03 /Mars /2013 18:13

 

 Jérome Savary a quitté la scène…

 

 

1975. Le Grand Magic Circus. Jerôme Savary. 44 - copie - C

Jérôme Savary et son Grand Magic Circus, au coeur des 70' (Photo François Ducasse)

Le grand homme DES théâtres a définitivement quitté la scène, en ce triste début de semaine...

 

Nous lui rendons un modeste hommage, en présentant ces instantanés inédits, capturés par le photographe François Ducasse au coeur des années 1970, dans le cadre du festival Sigma.

 

Initié et orchestré par le regretté Roger Lafosse dès 1965, cet évènement culturel bordelais a longtemps été le merveilleux terrain de jeu des avant-gardes les plus audacieuses... dont celles du Grand Magic Circus !

 

 

 

1975. Le Grand Magic Circus. Les Grands Sentiments. 40 - co

Les grands sentiments offerts au public bordelais !  (Photo François Ducasse)

Si l'auteur de ces quelques lignes n'était malheureusement pas en âge d'assister à ces joyeuses effusions, il eut cependant la chance et l'honneur de rencontrer Jérôme Savary une trentaine d'années plus tard.  

 

Ce dernier, en tournée avec sa fille Nina et un quartette de musiciens pour le spectacle La vie d'artiste, avait accordé un entetien, deux heures avant la représentation du soir, à un pigiste d'une publication dite "locale" du sud-ouest de la France (A bons entendeurs de "La capitale"...). 

 

 

1975. Le Grand Magic Circus. Les Grands Sentiments. 42 - co

Le  Grand Magic Circus réchauffe les spectateurs de Sigma (Photo François Ducasse)

Charmant, charmeur et affable, il avait conté, le cigare en bouche, à son unique auditeur du moment - les yeux et les oreilles grands écarquillés ! - ses rencontres avec Lady Day, Trane, Sphere, John Lennon... 

Le "Grand Magic Vécu" ! 

Stéphane Saubole 


Par stephanesaubole - Publié dans : Doc-inédit !
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Mercredi 27 février 2013 3 27 /02 /Fév /2013 06:08

 

Les contes de l’aquafortiste Hockney


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L’exposition David Hockney Six contes des Frères Grimm est accessible jusqu’au 14 avril 2013 sur le site de la Fondation Canal, à quelques pas de la Plaza de Castilla, au nord du centre de Madrid. Inutile de préciser que l’intitulé même de l’événement ne manquera pas d’exciter quelques curiosités… 

 

« Le chemin de David Hockney est décidément difficile à arpenter » diront, in petto, certains des visiteurs découvrant ses gravures présentées à Madrid. Le caractère protéiforme de l’œuvre de ce franc-tireur - éloigné de toute doxa – n’est pourtant pas méconnu ! Précocement célèbre pour des tableaux assimilés au mouvement Pop Art - la postérité veut qu’une rencontre avec Andy Warhol en 1963 à New York ait été décisive - auteur à 30 ans d’un A Bigger Splash inscrit dans le patrimoine artistique mondial, l’artiste né anglais en 1937 a depuis butiné son pollen à toutes les belladones de son temps. Ses représentations picturales de portraits, de scènes d'intérieur, de piscines, de paysages ont précédé des décors d’opéra, des pièces réalisées avec des graffiti, des dessins d’enfants, des papiers collés, des photocopies, des images faxées… Depuis une trentaine d’années, David Hockney s’est voué à l’exploration du photomontage ou photocollage, parfois avec des clichés au Polaroid (A Chair, Jardin du Luxembourg, The Skater, Bigger Grand canyon). Des créations sur iPhone et iPad furent, plus récemment en 2010,  révélées, à la Fondation Pierre Bergé - Yves Saint-Laurent. 

 

Un maître de l’aqua-fortis

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Une visite filmée de l'exposition : link

Confessons que la passion de notre sujet de sa majesté pour les plus traditionnelles techniques de la gravure nous avait échappé. Loin d’une tocade, cet exercice fut pourtant privilégié à l’aurore de sa carrière. D’après le texte informatif rédigé à l’occasion de l’exposition madrilène, David Hockney, après des essais liminaires dès 1961-1962, consacra près d’un an, en 1969, à un projet d’illustration de contes des frères Grimm (avec l’aide d’un assistant du nom de Maurice  Payne). Dans un premier temps, treize histoires furent sélectionnées avant que ne soit restreint à six le total des textes traités, impliquant la production de près de quatre-vingts gravures dont trente-neuf illustrèrent un livre publié en 1970. La petite Histoire retiendra que fut, à la même époque, éditée une version « grand public », vendue approximativement deux dollars et qui rencontra une telle popularité qu’elle fut imprimée à 60 000 exemplaires. Ce sont ces mêmes trente-neuf estampes, présentées à la Fondation Canal, qui attestent d’une très haute connaissance des procédés impliquant l’aqua-fortis des anciens alchimistes. L’artiste combina la technique de l’eau-forte avec celle de l’aquateinte pour vingt-huit œuvres et orna cinq autres de motifs à la pointe sèche. Cette maîtrise des tonalités dues aux morsures, des grenures, des encrages… autorise les à-plats les plus nuancés à voisiner avec des trames audacieuses !

 

Raiponce

Le conte Raiponce. David Hockney ©

 

Mystères et interprétations

 

David Hockney, qui a toujours fait part de son intérêt pour  les contes des Grimm, en avait lu l’intégralité, bien avant qu’il soit de bon ton de s’extasier sur leurs collectes. A contrario, la nature de ces textes a depuis longtemps alimenté les travaux d’exégètes de toutes « confessions »… Une rapide recherche sur le web donne accès à une contribution de l’universitaire française Catherine Tauveron, dont le contenu se révèle plus digeste que le titre jargonnant ne le laisserait craindre (L’habitabilité des contes des Grimm en question). Cette chercheuse souligne le paradoxe de livres « interdits dans les librairies et les écoles par les anglo-américains pendant l’occupation de l’immédiat après-guerre (1945-1949), (...) aujourd’hui inscrits par l’UNESCO au patrimoine de l’humanité, connus et appréciés du monde entier. » Est-il utile de préciser que la censure des occupants des zones allemandes avait été motivée par l’influence supposée de ces ouvrages sur l’élaboration et la diffusion de l’idéologie nazie ? Nous ne nous pencherons pas ici sur ce qui peut, dans les souillardes des sociétés, préluder à leurs plus ignobles remugles... Mais s’il est indéniable que la violence  –  parfois paroxysmique - participe de l’essence même des contes de Grimm, rappelons, à titre d’exemple, que la mythologie grecque recèle de cruautés en tous genres... L’une de ses évocations du XIXe siècle les plus saisissantes présente Kronos dans le tableau Saturne dévorant un de ses enfants ; une œuvre goyesque de la série dite des « peintures noires », actuellement visible, par tous, au musée du Prado. Mais il s’agit d’autres histoires. Comme le souligne avec justesse Catherine Tauveron, la question d’« une violence instrumentalisée à des fins d’éducation » serait plus problématique. Car, dès l’origine, ces parutions étaient destinées à un public enfantin. Catherine Tauveron cite Maria Tatar qui estime que les textes suis géneris véhiculent une « pédagogie de la peur » et énonce : « Un constat à mettre peut-être en relation (du moins Maria Tatar le suggère-t-elle), avec le fait qu’au XIXème siècle, un pédagogue comme Christian Felix Weisse encourage les parents à conduire leurs enfants au spectacle de l’exécution publique des condamnés : la mise à mort d’un coupable est supposée édifiante. » Conséquemment, les deux femmes s’interrogent sur la pertinence de la lecture à des enfants de certaines des histoires les plus cruelles, tout en concédant qu’une sélection s’est faite d’elle-même au fil du temps. Environ vingt-cinq contes sont actuellement proposés au jeune public, sur les plus de deux-cents  publiés par les Grimm.

 

Jeansanspeur

Jean sans peur. David Hockney ©

De la nature du conte

 

Par ailleurs, on apprend (ou pas), dans cette même production universitaire, que « Les féministes des années 70-80 se sont tout particulièrement déchaînées contre la misogynie supposée des contes des Grimm. ( … )  L’idée commune est que le conte est « un miroir des forces qui limitent les femmes », pauvrettes qui ne savent qu’attendre le mâle et ne réussissent le concours que si elles sont belles, parce que la beauté est associée à des traits de caractères positifs (amabilité, douceur… .) et la laideur à des traits de caractères négatifs (agressivité, méchanceté… . ». Les interprétations disneysiennes furent prioritairement visées par celles qui y virent la défense « d’un modèle social patriarcal ». Il est vrai que les figures achétypales de la marâtre et de la sorcière, comme incarnations du mal, sont convoquées de manière récurrente… Laissons cependant le soin à plus instruits que nous de décider si ces recueils sont des fatras conservateurs et machistes, une narration traditionnelle, des exutoires thaumaturges, une « crase des époques », une maïeutique ( !?) ... Il est toujours délicat de choisir qui doit guérir les écrouelles ! En les considérant dédiés à un public adulte et sans les sanctifier, ces écrits nous semblent composer un fonds ancestral qui bruit de terreurs inextricables, de bravoures récompensées, de veules lâchetés ; des aventures - fouissant dans les entrailles des peuples européens - d’êtres de toutes natures, de princesses et de gueux, de vertueux et de fourbes, d’intrépides et de pleutres... 


 Denichet

      Dénichet. David Hockney ©

 


Les contributions des Grimm


Les gravures pré-citées sont donc présentées sur l’un des sites de la Fondation Canal, émanant de l’entreprise publique Canal de Isabelle II, qui gère l’adduction sur l’ensemble de la Comunidad de Madrid. Reconverti en lieu d’art et en parc public, cet ensemble est composé d’un ancien château d’eau, de réservoirs et de bâtiments attenants. L’exposition qui nous concerne fête donc, d’après ses organisateurs, la date anniversaire des deux-cents ans de la première édition des Contes des frères Grimm… Sans s’aventurer trop en avant dans la production de la fratrie Grimm, on peut relever que Jacob (1785-1863) et Wilhelm (1786-1859), en sus de leurHockneyFundacionCanal invraisemblable provende de contes et de légendes, furent des philologues et des linguistes de premier plan.

La contribution scientifique majeure de Jacob Grimm serait sa « Grammaire allemande » (1819-1837), « considérée comme le fondement de la philologie allemande ». Il fut également l’auteur de Poésie des maîtres chanteurs - en VF - (1811), de Mythologie allemande (1835), ainsi que d’une Histoire de la langue allemande (1848) et, accessoirement, traducteur de la grammaire serbe ! Au nombre des publications de son frère, on relève plusieurs travaux ayant pour thème la littérature et les traditions populaires allemandes, parmi lesquels Anciens chants héroïques danois (1811), Les Légendes héroïques de l'ancienne Germanie (1829), La Chanson de Roland  (1838) et Ancien dialecte allemand (1851). De plus les frères oeuvrèrent ensemble à nombre d’ouvrages, dont le premier volume d’un  monumental Dictionnaire allemand, qui ne fut achevé par d'autres érudits qu’en 1958 ! A la lecture de cette fascinante bibliographie, il est remarquable que leur legs le plus durable soit un recueil de contes, dont la première publication date de 1812. Leurs auteurs connurent de leur vivant sept parutions de l'édition en trois volumes et dix de l'édition réduite à un volume. Parmi les plus célèbres de ces récits on note des versions modifiées de Charles Perrault (Cendrillon, La Belle au bois dormant, Le Petit Chaperon rouge) et des « fables » devenues éternelles comme Blanche-Neige et Rose-Rouge, Tom Pouce, Le Joueur de flûte de Hamelin, Guillaume Tell...


Les choix d’Hockney


Sciemment, David Hockney privilégia six histoires moins connues et peu traitées par ses prédécesseurs : Verduela (Raiponce), Juan Sin Miedo (Jean sans peur), El Enano Saltarín (Le nain Tracacassin), El viejo Rinkrank (Le vieux Cric-Crac), La liebre de mar (Le lièvre de mer) et Piñoncito (Dénichet). Il  résolut de s’éloigner d’une illustration stricto sensu de leur trame narrative et choisit de représenter des personnages ou des scènes décisives. Ses interprétations expriment avec force le caractère souvent inattendu des récits ; quand un prétendant, après avoir été avalé par un poisson, se transforme, sur les conseils d’une biche, en lièvre de mer (un gastéropode hermaphrodite dont l’apparence est proche de la limace) pour séduire une princesse, quand la vieille cuisinière Suzon a l’intention de cuire dans une marmite Dénichet, un enfant adopté par le maître de maison, quand une épouse enceinte paye son goût immodéré pour les raiponces (Campanula rapunculus)  par le don de son nouveau-né à une sorcière. 

 

Liebredemar

      Le lièvre de mer. David Hockney ©

 

 

In fine, ce que l’histoire de l’exposition ne dit pas est pourquoi, au juste, une fondation madrilène présente en 2013, des œuvres datant de près de quarante-cinq ans d’un artiste anglais inspiré par les contes collectés au XIXe siècle  par deux frères allemands ? 

 

Les mystères de l’Art…

 

Stéphane Saubole

 

 

David Hockney Six contes des Frères Grimm

29 janvier – 14 avril 2013

Tous les jours, de 11h à 20h, exceptés les mercredis, de 11h à 15h


Fondation Canal

Canal de Isabelle II

Mateo Inurria, 2

28 036 Madrid

 

Site de la Fondation Canal 

www.fundacioncanal.com

 

Site officiel de David Hockney

http://hockneypictures.com/

Par stephanesaubole - Publié dans : Beaux-Arts
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Jeudi 10 janvier 2013 4 10 /01 /Jan /2013 15:19

EKPHRASIS...

 

En forme d’Ekphrasis facebookienne, ou de fenêtres gigognes, un hyperlien vers un post de mon pote Eugène Bacquole… sur la page de La Distillerie de l’image !

 

https://www.facebook.com/ladistilleriedelimage

Par stephanesaubole - Publié dans : Photographie
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