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Stéphane Saubole - Rédacteur

Souvenirs de Madrid - Bar noir, Bar Blanc - Inédit - Août 2015

27 Août 2015 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Doc-inédit !

 

 Souvenirs de... Madrid 

 

 

 

Bar noir, bar blanc !

 

 

 Souvenirs de... Madrid 

 

 

 

Bar noir, bar blanc !

Le "bar blanc" du Musée ABC du dessin et de l'illustration (Photo Renaud Valantin)

Le "bar blanc" du Musée ABC du dessin et de l'illustration (Photo Renaud Valantin)

 

La nuit, tous les chats sont gris. À Madrid ou ailleurs, c’est tout son charme. Mais avant de marcher à travers les flammes de Malasaña, on débutera la soirée dans des lieux plus quiets. Les curieux dénicheront un bar lové au cœur d’un musée ou une traditionnelle taverne, non loin de Tirso de Molina. Bar noir, bar blanc. 

« Le bar serait donc le second foyer ? » : suspecteraient les nouveaux venus dans la capitale espagnole. Il est vrai que leur effloraison dans la ville, ainsi que leur haute fréquentation par des individus de tous âges et de toutes classes sociales, interpelle. De fait, plus qu’un loisir superfétatoire, ces moments passés à une terrasse de café demeurent l'un des plaisirs les mieux partagés du Madrilène. « Les évènements ne lui remuent pas le sang » - de citer Michaux – car en dépit d’une crise réelle qui a foudroyé de trop nombreux travailleurs, l’habitant de la capitale semble peu enclin à renoncer aux rituels de la sociabilité. Sous ce rapport au monde et en prélude à des joies plus intenses, le badaud n'a que l'embarras du choix pour terminer languissamment un après-midi, quand des floches d'écheveau ternissent un ciel habituellement clément.

 

Musée du dessin et Taberna Antonio Sánchez

Les hasards de ses pérégrinations mèneraient le quêteur jusqu’au « bar blanc » du Musée ABC du dessin et de l’illustration, inauguré en septembre 2010 à proximité du centre culturel Conde Duque. Cet espace lilial, situé dans un bâtiment qui fut une usine Mahou, s'intègre désormais dans un ensemble muséal – 200 000 oeuvres originales réalisées par plus de 1500 artistes - de 3 500 m² conçu par l'architecte José López Salaberry en collaboration avec le studio Aranguren & Gallegos. Tout en admirant cette création design, on y boira un café solo, con leche, frío, templado ou calliente. Afin de savourer au mieux cette pause, il sera bon de maîtriser le lexique des aliments qui permettent de se sustenter à toute heure : raciones, tapas, pinchos, pulgas, bocadillos, montados, montadidos, ensaladas, empanadas

Un espace lilial (Photo Renaud Valantin)

Un espace lilial (Photo Renaud Valantin)

Certains établissements proposent cependant des plats plus élaborés, dont les spécialités de la ville. A 200 m de la placette Tirso de Molina, la Taberna Antonio Sánchez sert depuis 1830, dans un décor d’époque, les callos a la madrileña - des tripes dans une sauce bouillonnante au chorizo – les caracoles guisados, la tortilla de San Isidro, les croquetas caseras... et en dessert, les fameuses torrijas, un excellent pain perdu. On les déguste au zinc ou en salle, tout en sirotant un vermouth, dans une ambiance inévitablement enjouée et bruyante. Un temps d’adaptation au volume sonore de ce « bar noir » s'avérera nécessaire au néo-madrilène, mais la volubilité naturelle de ces soirées palabreuses se révèle sans hâblerie.

L'historique Taberna Antonio Sánchez (Photo Renaud Valantin)

L'historique Taberna Antonio Sánchez (Photo Renaud Valantin)

La lueur du nouveau jour

 

Plus tard, comme autant de creusets en surchauffe, les spots de la nuit accueilleront happy few, hipsters tatoués à barbes carrées, pétronnelles collet-monté, roupieux en complet-veston, couples mainstream, musards aux barbes de trois nuit... Tous y brûleront leurs vaisseaux, poétiseront à l'occasion, en subordonnant les impératifs du lendemain aux fictions de l’instant. Les deus ex machina de pacotille offriront des sensations fortes à ces virtuoses du violon d’Ingres. Surtout, coude à coude, ils recoifferont leurs rêves, en toute tranquillité. Car l’une des heureuses spécificités madrilènes est l’absence totale d’algarades, même lorsque les corps déjetés s'agitent avec la plus haute fréquence sur les dance floor. 

 

Parfois, after, certains s’attarderont, jusqu'à être éblouis par l’embrasement des aubes flamboyantes, lorsque l’on découvre, derrière la porte, la lueur du nouveau jour.

 

Mais chut ! La nuit tous les chats sont gris !

 

 

Stéphane Saubole

 

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