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Stéphane Saubole - Rédacteur

Souvenirs de Séville - L'Alcazár - Inédit - Janvier 2016

27 Janvier 2016 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Patrimoine

 

 Souvenirs de... Séville 

 

 

 

 

Le miracle des cours 

 

 

 

Souvenirs de Séville - L'Alcazár - Inédit - Janvier 2016

Le Jardin des Dames de l'Alcazár (Photo Karine Lefebvre)

Autant tous les groupes humains ont transcendé leur fonctionnement par des expressions artistiques – Existe-t-il une société sans musique ? - autant des populations ont connu, en des contrées et à des époques très diverses, des périodes d'exceptionnelle effervescence créatrice. Qui invoquerait que seules les fortunes du hasard voulussent que la ville rêvée d'un syncrétisme patrimonial (almohade, gothique, mudejar, italianisant...), par ailleurs haut lieu de tous les pouvoirs, inspira, parfois très tardivement, certains des plus grands artistes de son aire géographique ? Au cœur de Séville, l'Alcazár, depuis la construction en 913 d'une forteresse par l'émir cordouan Abd al-Rahman III, s'est imposé comme le monument emblématique d'une envoûtante capitale politique et culturelle. 

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Le Carmen des Carmen... Picasso 

 

On ne saurait juger fortuit que Dom Juan et Carmen, deux des figures archétypales de l'art européen (en occultant les personnages de Beaumarchais !) ensorcellassent leurs vies sur les rives du Guadalquivir ! Le phénomène se révèle d'autant plus notable que les "démiurges" – Tirso de Molina, Molière, Mozart ; Mérimée, Bizet, Carlos Saura et Antonio Gades... – étaient des étrangers à la cité andalouse et que la naissance de leurs "créatures" succéda à sa plus fastueuse époque. Nous imaginerions que le génie de Séville eût irradié, depuis que Cervantés, Lope de Vega, Francisco de Zurbarán, son fils Juan, fréquentèrent la ville ou que Vélasquez et Murillo y virent le jour (respectivement en 1599 et 1617). Fécondée par de riches échanges à cloche-pied sur les siècles, Séville stupéfie toujours le visiteur. Il en découvre désormais les chefs-d'oeuvre monumentaux, armé de son audioguide et dans des périmètres soigneusement délimités. On s'exalte comme l'on peut !

 

Les origines de l'Alcazár

Il est entendu que l'auteur de ces lignes n'aura d'autre prétention que d'évoquer très succintement - érudits, experts et historiens y ayant consacré des sommes savantes et exhaustives - quelques caractéristiques de l'une des merveilles d'Andalousie. La documentation dédiée aux touristes lui enseigna que la ville fut prise aux Wisigoths en 712 par le militaire d'origine yéménite Musa ibn Nusair. Deux siècles plus tard, Abd al-Rahman III, l'émir de Cordoue se nomma calife, après avoir rompu en 929 tous les liens avec Bagdad, alors sous la domination du célèbre Haroun el-Poussah. Bien que dotée d'une petite forteresse, Séville n'occupait qu'une position subalterne, avant de devenir, en 1031, à la dissolution du califat de Cordoue, la capitale d'Al-Andalous. 

Ce nouveau statut incita à la construction d'un palais hébergeant la cour de la dynastie des Abbadides. Le roi Taïfa sévillan Al-Mutamid (1040-1095) fit ainsi construire l'Alcazár dit Béni. En 1147, les Almohades envahirent la péninsule et s'y imposèrent, avec toujours Séville comme capitale. Des travaux colossaux furent initiés à l'Alcazár aux XIIème et XIIIème siècles, instaurant des murailles presque jusqu'aux limites actuelles. Témoignent aujourd'hui de cette époque, la Cour du plâtre, son bassin rectangulaire et ses détails ornementaux en stuc. 

 

Des apports gothiques, mudéjar et "Renaissance"

Abandonné par le dernier califat almohade, l'Alcazár captiva Ferdinand III, le roi chrétien qui conquit la ville en 1248. Il en fit, lui aussi, le siège de son palais. Le lieu devint l'une des résidences habituelles des rois de Castille, puis des monarques espagnols. Mais en dépit de son admiration pour l'architecture arabo-andalouse, Alphonse X, le successeur de Ferdinand III, choisit d'édifier un palais de style gothique afin de matérialiser le "triomphe du christianisme". Postérieurement, la construction de l'Alhambra, dans le royaume musulman voisin de Grenade, exerça une grande influence sur les goûts des rois de Castille

Au XIVe siècle, Alphonse XI et Pierre Ier sollicitèrent une multitude d'artisans morisques pour reconstruire l'Alcazár dans le style mudéjar, art alliant les traditions chrétiennes et musulmanes (« art musulman pour les monarques chrétiens »). On n'ignore pas que la ville connut ensuite son âge d'or aux XVI et XVIIe siècles, en raison du monopole du commerce avec les "Indes". Isabelle Ière de Castille et Ferdinand II d'Aragon choisirent le palais royal comme siège de la Casa de Contratación, une institution créée en 1503 pour favoriser et réglementer les échanges avec l'Amérique colonisée. Sur le plan architectural, cette époque « Renaissance » vit l'amélioration de l'habitabilité du Haut Palais, dans la « résidence des rois ». L'or des Amériques permit des créations somptueuses, telles que des arcs en plein cintre ou des colonnes ioniques et corinthiennes, en marbre de Carrare taillées par des sculpteurs génois...

 

Les huertas musulmanes

 

Moins connue que ce fabuleux continuum arabo-andalou, l'influence italienne s'exprima prioritairement dans des jardins, à l'évolution à la fois concomitante et distincte des édifices. D'une superficie totale (7 hectares) quadruple de celle occupée par les différents édifices formant l'Alcazár, ces espaces s'étendent aujourd'hui au sud et à l'est du palais. Originellement, ce furent des huertas et des champs situés, pour la plupart, dans l'enceinte des murailles édifiées par les Almohades. Ces derniers soignaient tous les détails pour procurer en ces lieux un plaisir de tous les sens, en quête d'une forme de félicité. Une grande variété de fruits et d'épices, notamment venus d'orient (le palmier dattier, la grenade, le poivre ou le safran) y étaient cultivés. Des plantes aromatiques et des fleurs parfumées exhalaient de sensibles odeurs dont on s'enivrait aux sons apaisants des fontaines.

 

 

Les jardins « italiens » de l'Alcazár

 

On appelle aujourd'hui « historiques », les six jardins attenants aux façades des palais de Pierre I et d'Alphonse X. Quant à leur configuration, bien que le règne de Felipe II ait marqué une étape fondamentale, l'influence de son fils Felipe III (1598-1621) se révéla plus significative. Ce secteur fut alors définitivement planifié par l'architecte milanais Vermondo Resta, dans le cadre d'une restauration maniériste, le dotant d'attributs sui généris et de noms aux consonnances "mythologiques". Dans le Jardin de Troie, Vermondo Resta inaugura une technique – l'alliage de pierres de taille non polies, de rocailles et de murs crépis – en prélude à l'adoption de cette "facture" pour la Galerie du Grotesque

 

Souvenirs de Séville - L'Alcazár - Inédit - Janvier 2016

La technique "maniériste" de Vermondo Resta (Photo Karine Lefebvre)

Cette prégnance italienne, d'une renaissance espagnole que l'on nomme tardive, émane avec le plus de force dans le Jardin des Dames - les déesses Héra, Athéna et Aphrodite ainsi que la reine Hélène, dont les sculptures, disparues, ornaient la Fontaine du Succès – qui, jusqu'à la fin du XVIème siècle, ne représentait d'une petite surface dans le secteur le plus proche du palais. Afin de préserver l'intimité de la famille royale et de ses invités, Vermondo Resta agrandit considérablement ce jardin contigu à leurs appartements. L'architecte milanais conçut un espace édénique, divisé en huit carrés aux parterres de plantations, circonscrits par des haies vives de myrtes, traversés par une allée centrale et embellis de fontaines et de nombreux jets d'eau à fleur de pavé. De plus, s'inspirant toujours de l'imaginaire mythologique, Resta orna la plus monumentale des fontaines d'une sculpture de Neptune dont la posture rivalise avec celle de la Place de Neptune à Bologne.

 

 

La figure de Remondo Vesta

 

Cependant, la plus spectaculaire réalisation de Resta – qui en fera à jamais le rénovateur de ce site - demeurera la Galerie du grotesque, délimitant le Jardin des Dames. En 1612, la vieille muraille musulmane fut ainsi transformée en un fantasque exemple "d'oeuvre rustique". Conséquemment, on y retouve le credo "maniériste" pour les murs, les grottes et les fontaines sur lesquels sont incrustées coquilles et nacres marines. Quatre grottes – dont trois furent terminées en 1614 et l'une en 1624 – étaient enchâssées dans cette Galerie du grotesque. De petites pierres de couleurs variées miroitaient sur leur revêtement. Incontestablement le Jardín de las Damas demeure le plus attrayant de tous ceux qui existent à l'Alcázar pour la cohérie de touristes, audioguides à la main...

 

 

 

Souvenirs de Séville - L'Alcazár - Inédit - Janvier 2016

La Galerie du Grotesque (Photo Karine Lefebvre)

Maître de l'ars topiaria, Vermondo Resta, né à Milan en 1555, fut également l'architecte le plus influent à Séville, lors de la transition entre les XVI et XVIIe siècles. L'archevêque Rodrigi de Castro lui offrit de concevoir les hôpitaux Del Amor de Dios et de Espíritu Santo. Depuis environ 1585, il avait réalisé nombre d'oeuvres majeures, telles des sacristies, des retables, des tours et des portes (église de San Pedro à Séville, collégiale de Olivares, portes de l'église de Galaroza, églises Santa María de Zufre, de Aroche, de Cortegana et d'Aracena, en Andalousie). On lui attribue des interventions importantes pour le Teatro Nuevo Coliseo, les réhabilitations du palais de l'archevêché ou la création de l'église et de certaines salles du couvent San José del Carmen... Cette précellence lui valut d'être nommé maestro mayor de l'Alcazár en 1603. Il y exerça ce magistère jusqu'à sa mort en 1625. Une rue de Séville porte toujours son nom...

 

 

Stéphane Saubole

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Stéphane Saubole 27/01/2016 23:37

Merci du commentaire Fx ! Je destine les autres photos du site à l'illustration d'un second article... Bientôt !

Fx 27/01/2016 23:10

Très belle déambulation... Le lire est y être un peu ? De quelques photos de plus je vous saurez gré ! Merci.
FXavier