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Stéphane Saubole - Rédacteur

Arts - Juliana Alderisi - Tendances Graphiques - Août 2014

29 Août 2014 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Beaux-Arts

 

 

Objets, visages et allégories !

 

Naturaleza muerta con pan (2013) - Technique mixte sur papier, 25cm x 25 cm

Naturaleza muerta con pan (2013) - Technique mixte sur papier, 25cm x 25 cm

 

Comment entendre, aujourd’hui, une voix nouvelle d’artiste, dans le concert des styles, des siècles et des cultures ? Sans être une vertu absolue, la singularité du créateur caractérise ses œuvres et le rend, parfois, audible. Miles Davis, en toute immodestie, affirma, à l’occasion d’une interview accordée aux Enfants du Rock : « les gens mémorisent mon son comme la voix de Franck Sinatra ou de James Brown. Vous savez qui ils sont. »

A l’extrême opposé, le discours de Juliana Alderisi, une artiste argentine résidant à Bordeaux depuis quelques mois, étonne par son absence de « conceptualisation ». Cette précieuse spontanéité s’avère rare, chez une créatrice à l’apprentissage précoce (avec une mère peintre) et aux hautes études universitaires, contribuant manifestement à la forte identité de sa démarche artistique.

Naturaleza muerta con rojo (2013) - Collage sur papier, 25cm x 25 cm

Naturaleza muerta con rojo (2013) - Collage sur papier, 25cm x 25 cm

Naturaleza muerta con peras (2013) - Collage sur papier, 25 cm x 25cm

Naturaleza muerta con peras (2013) - Collage sur papier, 25 cm x 25cm

 

Un peu délaissé ces dernières décennies, le thème de la nature morte est revigoré par cette jeune femme née à Mendoza en 1984. Elle s’inspire notamment des vues ou des saveurs de son actuel pays d’accueil « comme ce délicieux petit melon qui ne pousse pas chez nous ». 

Sans titre (2012) - Huile sur papier, A4

Sans titre (2012) - Huile sur papier, A4

Sans titre (2014)

Sans titre (2014)

 

Ses portraits « sont à l’origine des visages de colocataires, lorsque j’habitais à Buenos-Aires. Je les épinglais aux murs de la maison commune ». Et d’ajouter en souriant : « bien que je représente les gens d’après ma sensibilité - comme je pense qu’ils sont - ceux-ci se reconnaissent ! » 

Rostro - Aquarelle sur papier, 21cm x 30cm

Rostro - Aquarelle sur papier, 21cm x 30cm

Mujer boluda (2014) - Technique mixte sur papier, A4

Mujer boluda (2014) - Technique mixte sur papier, A4

El chico de pelo verde (2014) - Huile et acrylique sur carton, 58cm x 39 cm

El chico de pelo verde (2014) - Huile et acrylique sur carton, 58cm x 39 cm

Suenos de mierda (2014) - Technique mixte sur carton, 73cm x 40 cm

Suenos de mierda (2014) - Technique mixte sur carton, 73cm x 40 cm

 

Quant aux allégories intitulées Danses de la mort, Juliana invoque le rituel du carnaval et sa propre personnalité : « ce sont des personnages féminins car je suis une femme ! »

La Danza de la muerte 1 - Technique mixte sur toile, 75cm x 90cm

La Danza de la muerte 1 - Technique mixte sur toile, 75cm x 90cm

 

L’un de ses postulats est d’utiliser des matériaux de récupération glanés dans la rue, puis transformés par sa maîtrise des techniques du dessin, du collage, de la gravure, de la sculpture, du détournement d’images… Le tout est rehaussé de couleurs primaires souvent très vives, de noirs et de blancs saturés, s’exprimant en une grande richesse chromatique.

La Danza de la muerte 1 - Technique mixte sur toile, 75cm x 90cm

La Danza de la muerte 1 - Technique mixte sur toile, 75cm x 90cm

 

L’admirable cohérence du « corpus » de Juliana résulte, comme souvent, d’une multiplicité d’influences. Les mouvements de la Nouvelle Figuration argentine, de la Figuration Libre d’un Basquiat dont le nom fait briller ses yeux, du Fauvisme, de l’Informalisme européen, ainsi que les arts des peuples originels d’Amérique du Sud – appréhendés lors de voyages au Chili et en Bolivie – l’ont inspiré tout comme les dessins animés ou les bandes dessinés de son enfance en Argentine. Les héritages mêlés des cultures européenne et de son continent natal nourrissent ainsi une expression très personnelle.

 

Juliana Alderisi a vécu dans la ville de San Martin jusqu’à 18 ans, avant de gagner, non loin, Mendoza, située à environ 1000 Km à l’ouest de la capitale porteña. Si elle revendique l’hospitalité comme une valeur constitutive de l’identité argentine, l’artiste déplore la dureté de la société. Elle évoque la proximité de la misère et de la violence : « des milliers de chiens errants qui meurent de faim et, encore pire, de très jeunes enfants qui mendient seuls dans la rue ». Dans le cadre d’un entretien, on ressent – avec nos moyens et nos limites – le caractère oppressant d’un environnement souvent tragique : « on voit tout le temps des choses très laides et l’insécurité règne pour les femmes ». Souvent convoqué « l’impérieux besoin de créer » n’a rarement semblé aussi sincère. Exorciser « toda esta mierda », en créant, en révélant la beauté… sans l’asseoir sur ses genoux…

 

 

Stéphane Saubole

 

 

 

Rue Bazoges (2013) - Huile sur papier, 24cm x 32 cm

Rue Bazoges (2013) - Huile sur papier, 24cm x 32 cm

 

 

 

Le site internet de Juliana Alderisi

http://julianaalderisi.wordpress.com/

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