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Stéphane Saubole - Rédacteur

NOW?90' - En fusion (2) : Living Colour : l'oubli ? - Octobre 2016

20 Octobre 2016 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #NOW?90'

 

 

  NOW?90' 

 

Ouf ! Tout juste quelques rétrospectives sur Arte ! Ils auront épargné "nos" années 90. Il est vrai qu'on eût pu craindre le pire après le terrifiant "revival" des eighties : Les démons de minuit, Capitaine Flam, les soirées Casimir, etc. En toute immodestie, essaimons quelques "brins de muguet" de nos vingt ans...

 

     En fusion - Living Colour : l'oubli ?    

 

NOW?90' - En fusion (2) : Living Colour : l'oubli ? - Octobre 2016

 

Les amateurs français de Living Colour ont toujours éprouvé une forme de frustration à ne pouvoir partager ce qu'ils savouraient avec délectation.

Au zénith de sa notoriété, dans les nineties, le groupe ne séduisit que peu dans l'hexagone, même chez les fans de fusion, avant de sombrer dans l'oubli. Nous demeurons cependant convaincus que cette formation réunissait TOUT ce dont on rêverait : des musiciens aussi créatifs que savants (voir la note en bas de texte pour plus d'informations !), une unité dans l'expression musicale et le don de façonner un vrai répertoire. Que demandait le peuple ?

Cult Of Personality, introduisant l'album Vivid (1988)

 

Né deux ans auparavant, le quatuor figea son lineup en 1986, puis déflagra, sur les plans artistique et médiatique, dès la parution de son premier disque, Vivid (1986). Attestèrent de cette popularité, un 6ème rang des charts US, la diffusion des single sur MTV ou une participation remarquée au NBC's Saturday Night Live.

 

 

Funny vibe : Chuck D et Flavor Flav en guest stars !

 

Plus essentiel, des chansons telles que l'entêtante Cult of Personality, la funky What's Your Favorite Color ? ou l'engagée Funny Vibe (avec Chuck D et Flavor Flav) conquirent oreilles et coeurs.

 

Desperate People – Vivid (1986)

 

Toutes les pistes de Vivid (Desperate People, Memories Can't wait, Which Way to America) démontrèrent l'exceptionnelle musicalité du guitariste-compositeur Vernon Reid, la maestria du batteur Will Calhoun, le groove de Muzz Skillings à la basse ou le talent polymorphe du chanteur Corey Glover.

Which Way to America – Vivid (1986)

Des débuts à nos jours, le militantiste du band ne se démentit jamais. En 1985, Vernon Reid fut l'un des trois cofondateurs de la Black Rock Coalition dont le credo est de lutter contre les ségrégations musicales et les limites imposées aux musiciens afro-américains. En août 2016, Living Colour participa au festival Afropunk de Brooklyn ET, sous le coup d'une légitime colère, fit jaillir un EP (Mixtape), compilant une cover de Notorious B.I.G.'s et ses remixes (Who Shot Ya?). En compagnie de Chuck D, Black Thought (The Roots) et Prodigal Sunn, ils dénoncèrent les violences par armes à feu aux États-Unis ainsi que les agressions policières contre les Noirs américains.

 

Elvis is dead, dixit Little Richard

 

Le titre Elvis Is Dead du deuxième opus Time's Up (1990) – comprenant un rap de Little Richard et un solo de Maceo – se révèla particulièrement explicite. Sur la même "bande" et dans un autre registre, figurait l'un des moments de bravoure de l'équipée : Love Rears Its Ugly Head et son riff intemporel...

 

Love Rears Its Ugly Head – En direct à la télé française !

 

Don Byron, génial instrumentiste et compositeur, Reggie Workman, ancien partenaire de Trane ou Queen Latifah contribuèrent à ce bel effort collectif (les morceaux Information Overload, Ology, Fight The Fight, Solace of You...).

Olology & Fight The Fight - Time's Up (1990)

 

Sur la lancée, l'Extended play Biscuits (1991) prit son envol, avec une reprises brownienne, Talkin' Loud and Sayin' Nothing, le Love and Happiness d'Al Green, ainsi que l'un des chefs-d'oeuvre d'Hendrix, Burning of the Midnight Lamp. Approximativement à la même époque, furent gravés Me Myself & My Microphone, en collaboration avec Run-DMC pour la BO du film Judgment Night, et une excellente cover de Sunshine of Your Love.

Hendrix par Vernon Reid...

Chez un écrivain, un peintre ou un sculpteur, il serait toujours vain de postuler ce qui a présidé à une nouvelle orientation de son art. Ce choix d'une nouvelle "manière", lors de l'élaboration de Stain (1993), provoqua le départ, de son propre gré, du bassiste Muzz Skillings. Son successeur, Doug Wimbish, ayant excellé dans TOUS les styles (voir note en bas de texte), contribua immédiatement à la mue de la formation.

 

Mind Your Own Business Stain (1993)

 

Ce troisième "format long" bouleversa la destinée d'un groupe dont la quête musicale a toujours primé sur les formules éprouvées avec succès. La tonalité "trash" divisa son public, décevant certains qu'illuminait la brillance, désormais atténuée, du commencement, ou comblant ceux qui eussent auparavant regretté un son légèrement trop «formaté». Pour l'auteur de ce texte, Stain, est (exceptée la couverture) le sommet de Living Colour !

 

Go Away – L'entame de l'album

 

À sa découverte, la concordance des sens fit apparaître un monolithe... ou plutôt un monumental cube noir, en bois dur ; une observation plus attentive laissa entrevoir des strates de fine marqueterie dont l'embriquement n'amenuisait en rien le tranchant des angles. Afin que l'ensemble ne fût d'une austère perfection, on y avait serti les éclats d'une joyeuse luminescence...

 

This Little Pig – En version live

Cet épanouissement artistique n'empêcha pas, en 1995, le split d'une formation alors en pleine préparation d'un nouvel opus. Cinq prises réalisées en ces circonstances furent donc intégrées à la compilation Pride.

Release the Pressure, l'un des cinq inédits de Pride (1995)

Living Colour se reforma en 2000 et expérimenta de nouveaux mondes, enregistrant les albums studio Collideøscope (2003) et The Chair in the Doorway (2009) tout en continuant ses explorations sur les scènes du circuit mondial. Mais c'est déjà une autre histoire !

 

 

 

 

Wall en concert – Une intro de folie pour conclure en beauté

     

     

    NOTE

       

      Cette notule serait fastidieuse pour ceux qui ne souhaiteraient s'enquérir des discographies respectives des membres de Living Colour afin d'y dénicher quelques trésors engloutis...

      Vernon Reid invité par les Ramones !

      Parmi les fans, les Stones déclarèrent très tôt leur flamme, invitant le groupe à ouvrir la tournée Steel Wheels/Urban Jungle Tour (1989). Par ailleur, Mick Jagger fut crédité sur leurs deux premiers albums (chant, harmonica) alors que le bassiste Doug Wimbish intervint pour Bridges to Babylon ainsi que pour deux efforts en solo du Glimmer Twinn. Vernon Reid se «contenta» d'une intervention sur Primitive Cool.

       

      "Il ont joué avec le monde entier ! " : s'exclamerait-on, en prenant connaissance des productions de ces musiciens prolixes.

       

      Will Calhoun, en sus de ses projets personnels (six albums solo) et de ceux de bands en qualité de leader, a accompagné Jack DeJohnette, Wayne Shorter, Marcus Miller, Pharoah Sanders, Harry Belafonte, B.B. King, The Allman Brothers Band, Lou Reed, Paul Simon, Run-DMC, Lauryn Hill, Public Enemy, etc.

       

      Doug Wimbish, après avoir débuté comme bassiste du label Sugar Hill (de 79 à 84 : Sugarhill Gang, Grandmaster Flash and the Furious Five...), a gravé plus de vingt opus avec Jungle Funk, Tackhead, Little Axe, et Wood Brass & Steel ; accessoirement il fut invité par Joe Satriani, Annie Lennox, Madonna, Depeche Mode, Mos Def, Keziah Jones, Dhafer Youssef, Rose Royce, Billy Idol, pour n'en citer que quelques-uns...

      Corey Glover est également acteur de cinéma et de théâtre. Il tint pendant plusieurs saisons l'un des rôles principaux du célébrissime opéra-rock Jesus Christ Superstar. En qualité de «lead-chanteur», il lança une carrière solo sous le nom de Reverend Daddy Love, forma le band Vice et devint le vocaliste du groupe funk Galactic.

      Avant de fonder Living Colour, Vernon Reid évolua au sein de Defunkt et de Decoding Society. Après la dissolution, il créa Masque, Free Form Funky Freqs ou Yohimbe Brother, composa des musiques de film, produisit Salif Keita ou James "Blood" Ulmer et parut aux côtés de Bill Frisell, Donald Byrd, Steve Vai, Jack Bruce, B.B. King, Bernie Worrell, The Roots, Rollins Band, Santana, Tracy Chapman... ou The Ramones (si, si) !

      Stéphane Saubole

       

       

       

      Extrait du documentaire The Soul of a Man, de Wim Wenders

      Une reprise de l'immense J.B Lenoir, par James "Blood" Ulmer, Eagle Eye Cherry, Vernon Reid et David Barnes

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      Stéphane Saubole 03/11/2016 15:06

      C'est toi qui nous fait comprendre le monde, "con arte", par tes oeuvres. Je n'évoque que des souvenirs des 90' . Un grand merci !

      juliana 03/11/2016 13:07

      Regard magnifique! Je ne savais pas ce groupe est merveilleux! Merci Sthepane pour nous aider à mieux comprendre le monde!

      le chalet fleuri 25/10/2016 23:49

      Super retrospective, j'aime beaucoup merci.

      Stéphane Saubole 26/10/2016 10:55

      C'est moi qui vous remercie de ce commentaire.