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Stéphane Saubole - Rédacteur

Arts - Collecion cubista de Telefónica - Inédit - Décembre 2012

21 Décembre 2012 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Beaux-Arts

Les autres maîtres du Cubisme

 

Au cœur de Madrid, l’Edificio Telefónica accueille une exposition présentant les protagonistes du mouvement cubiste, Picasso et Braque exceptés. L’opportunité de découvrir des œuvres et des destins parfois méconnus…


ProgrammecubistaTelefonica


Pour ceux qui préjugeraient de la sincérité d’une multinationale quant à ses actions humanitaires et culturelles, on convoquerait volontiers le mot du sieur Arouet : « L’hypocrisie est la vertu du vice ». Toujours est-il que la Fundación Telefónica exprime sur son site internet sa volonté d’agir pour « l’éradication du travail des enfants en Amérique Latine et pour une amélioration de l’enseignement par les nouvelles technologies ». Comme d’autres grands groupes madrilènes, l’opérateur Telefónica offre également, dans un lieu dédié, un accès gratuit à des expositions de haute tenue. Il est vrai que la gestion de 44 millions de lignes fixes et de 54 millions d’abonnés pour la téléphonie mobile, par 270 000 salariés, pour un chiffre d’affaire total de 60,70 milliards d’euros (2010), atteste d’un statut de géant mondial des télécommunications.

 

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    L’Edificio Telefónica, à l'angle des rues Gran Via et Fuencarral (Photo de Stéphane Saubole)

Achevé en 1929, l’Edificio Telefónica, situé à l’angle des rues madrilènes Gran Via et Fuencarral, est toujours demeuré le bâtiment emblématique du groupe éponyme. Conçu par l'architecte espagnol Ignacio de Cárdenas Pastor, d’après des travaux préparatoires de Louis S. Weeks, ce monument d’inspiration nord-américaine – agrémenté d’une ornementation néobaroque espagnole – fut, avec une hauteur de 89 m, le gratte-ciel le plus élevé d’Europe. Bien plus récent, l’Espacio Fundación Telefónica abrite au sein de l’immeuble, sur une surface de 6370 m2, un auditorium ainsi que des lieux voués à la technologie et à la culture du XXème siècle. Réparti en quatre étages, cet espace à l’architecture subtile – le panachage admirablement dosé, de structures métalliques, d’éléments en bois et d’un éclairage astucieux permettant d’éviter le piège d’un design caricaturalement « industriel » - fut  conçu et réalisé par les agences Quanto Arquitectura et Moneo Brock Studio. La pièce maîtresse en est incontestablement l’escalier de forme hélicoïdale, aux proportions et aux volumes parfaits.


     Une vidéo présentant l’Espacio Fundación Telefónica 
  

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    Le monumental escalier hélocoïdal de l’Espacio Fundación Telefónica (Photos Stéphane Saubole)
  

L’exposition intitulée Collecion cubista de Telefónica a investi le quatrième étage des lieux et présente des pièces issues du fonds propre de la société, ainsi que les éditions originales d’ouvrages théoriques traitant de la question.


Expositionétage

Et l’auteur de ces lignes de concéder ne pas avoir porté, jusqu’à il y a peu, d’intérêt particulier aux protagonistes du Cubisme, exceptés, Pablo Picasso, Georges Braque et  Juan Gris… Ce dernier, né José Victoriano Carmelo Carlos González-Pérez à Madrid en 1887, jouit d’une immense notoriété dans la capitale ibérique et ses œuvres y sont présentes dans les sites les plus prestigieux. Son portrait de Picasso, datant de 1912, (non-exposé en la circonstance) est ainsi considéré comme l'un des premiers tableaux cubistes… après ceux de Picasso et de Braque.

 

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    Portrait de Picasso, Juan Gris (1912)  

Dalì avait déclaré juger les œuvres de Gris bien supérieures à celles de Picasso, exécutées presque ensemble à Paris. « Juan Gris est le plus grand des peintres cubistes, plus important que Picasso parce que plus vrai. Picasso était constamment tourmenté par le désir de comprendre la manière de Gris, dont les tableaux étaient techniquement toujours aboutis, d'une homogénéité parfaite, alors qu'il ne parvenait jamais à remplir ses surfaces de façon satisfaisante, couvrant avec difficulté la toile d'une matière aigre. » Mais on ne méconnaît pas la « bienveillance » qu’a toujours manifestée le maître de Figueras à l’égard de celui de Malaga… La pente des hautes natures est parfois jonchée de petitesses ! Sans agréer à l’opinion du divin Avidadollars, le visiteur découvrira quelques unes des toiles les plus remarquables de Juan Gris, à commencer par le portrait qui figure sur les documents promotionnels de l’exposition. 


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    La chanteuse, 1926
  

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    La grappe de raisins, 1925 
  

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    Nature morte devant l’armoire, 1920
  

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    La fenêtre aux collines
  

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    La guitare, 1918
  

Parfois, une œuvre suffit à nous laisser entrevoir de nouvelles perspectives, dans tous les sens du terme… Le tableau  Livre et pipe rouge de Metzinger nous invite à une autre appréhension du Cubisme, de par le choix délibéré d’une succession de profondeurs de champ. 


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    Livre et pipe rouge, 1921
  

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    Détails de Livre et pipe rouge (Photos de Stéphane Saubole)
 

L’œuvre de Jean Metzinger, déjà honorée du 9 mai au 22 septembre 2012 par une rétrospective parisienne à L’Adresse Musée de La Poste, connaît une salutaire résurrection. Incroyablement, c’était la première fois que cet artiste s’avérait exposé en Europe depuis sa mort en 1956 ! Celui-ci était également devenu célèbre pour avoir écrit, avec son ami Albert Gleizes, l’essai théorique Du cubisme (Édition Figuière, Paris, 1912), le premier traité majeur de ce mouvement artistique, dont l’un des premiers défenseurs acharnés fut Guillaume Apollinaire. Plus tard, Malraux, s’éployant sans gêne dans son très contesté mais si euphorisant Le Musée Imaginaire, affirmera :


« Le mot cubisme cesse d’être l’étiquette dérisoire d’une révolution capitale : Kandinsky, Klee, Mondrian, s’unissent à Braque et à Picasso, à Léger et à Gris dans un domaine étranger aux théories, et même aux écoles, car l’Ecole de Paris ne sera que la suite des maîtres de la peinture moderne : ce domaine c’est celui de la proclamation des droits de l’arbitraire en peinture, de la découverte que la création en art, peut devenir aussi contagieuse que la « beauté ».  


Autre défricheur (ou déchiffreur ?), Albert Gleizes, originellement inspiré par Cézanne - dont beaucoup jugent l’influence primordiale – peignit, dessina, grava, théorisa… avant de créer les communautés de Moly-Sabata ! C’est avec une certaine réjouissance que l’on admire son « portrait » de Jean Cocteau et, surtout, une œuvre « paysagère », qui administre la preuve de la diversité des thèmes traités par les Cubistes.

 

 

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     Maisons aux Bermudes ou Paysage des Bermudes, 1917 (Photo de Stéphane Saubole)
  

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    Détail de Maisons aux Bermudes ou Paysage des Bermudes, 1917 (Photo de Stéphane Saubole)
  

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    Jean Cocteau, 1916
  

Quelques rapides  recherches relatives aux autres « compagnons de route » présents dans l’Espacio Fundación Telefónica nous instruisent des fabuleux destins de ces êtres épris de leurs complications, qui manquent cruellement à notre époque. María Blanchard, âme bien née et corps disgracié, native de Santander, appartint à L'Ecole de Paris et travailla successivement auprès de Kees van Dongen, de Diego Rivera, de Jacques Lipchitz, de Juan Gris, d’André Lhote… Peu de temps avant son décès en 1932, Paul Claudel lui dédia un poème. 

 

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    Composition cubiste, Maria Blanchard

Le dessinateur et peintre uruguayen Rafael Pérez Barradas fut l’un des acteurs de la génération de 27 et fréquenta, après son installation en 1919 dans le quartier madrilène d’Atocha, Luis Buñuel, Salvador Dalì, ou Frederico García Lorca, dont il organisa l’unique exposition de ses dessins !


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    Bodegón, Rafael Pérez Barradas

 

Interprétant, au chant, Debussy, Ravel, Fauré ou Satie lors de grands concerts, le peintre Georges Valmier (1885-1937) robinsonna, de l’impressionnisme à l’abstraction…

 

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    Paysage, Georges Valmier, 1920

Le Bordelais André Lhote, qui aura marqué de son empreinte sa ville natale, fut également un théoricien et un enseignant de premier plan, comptant parmi ses élèves William Klein, Tamara de Lempicka ou Henri Cartier-Bresson… 

 

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    Nature morte cubiste, André Lhote, 1917 (Photo de Stéphane Saubole)
  

Quant à l’Argentin Oscar Agustín Alejandro Schulz Solari, il légua à la postérité le pseudonyme de Xul Solar et Ludwig Casimir Ladislas Markus celui de Louis Marcoussis. Ce dernier, né à Varsovie, fit franciser son nom, selon les conseils  de son ami Appollinaire, du nom d’un village proche de Paris. L’exposition Collecion cubista Telefónica permet, en sus, de découvrir les créations d’Emilio Pettoruti, de Vincente do Reyo Monterro, de Manuel Angel Ortiz, de Daniel Vasquez Diaz, de  Joaquin Torres Garcias et du photographe argentin Horacio Coppola, décédé le 18 juin 2012, à presque 106 ans !


Si loins, si proches… 


Stéphane Saubole


 

 

Le site de l’espace culturel de la Fundación Telefónica

 

http://espacio.fundaciontelefonica.com/

 

Le site de la Fundación Telefónica

 

http://www.fundacion.telefonica.com/es/index.htm

 

Le site de l’agence d’architectes Quanto Arquitectura.

 

http://quantoarquitectura.com/

 

Le site de l’agence d’architectes Moneo Brock Studio

 

 http://www.moneobrock.com/


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Stéphane Saubole 24/12/2012 16:40

Mes très chaleureux remerciements Pascale et mes compliments pour votre érudition et votre maîtrise de la langue espagnole.

Bien à vous.
Stéphane

Flavigny Pascale 23/12/2012 22:52

Une belle exposition et vos photos sont très parlantes. Que lastima que no sea yo en Madrid. Siempre me gusto Juan Gris. Y Metzinger, y Maria Blanchard y Valmier y Lhote...!