Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Stéphane Saubole - Rédacteur

Arts - Interview Titouan Lamazou - Bordeaux Madame - Février 2010

27 Avril 2012 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Beaux-Arts

Titouan Lamazou

 Ittw2

« A l’origine, la Voile pour assouvir la passion du Dessin »

La mairie Annexe de Pyla sur Mer accueillit, du 18 décembre 2009 au 3 janvier 2010, une exposition d’œuvres originales de Titouan Lamazou. Lors du vernissage, le fameux nautonier - manifestement cuirassé contre toutes les flagorneries - se montra aussi attentif aux propos de ses interlocuteurs particuliers qu’impassible au cœur de l’inhabituelle effervescence qui régna en ces lieux.  

 

Bordeaux Madame. Quels sont les tenants de votre venue au Pyla dans le cadre de cette exposition ?

 

Titouan Lamazou. Ce quartier ne m’était pas inconnu pour y avoir résidé plusieurs années, approximativement entre 1984 et 1991 ! Le chantier  naval qui préparait les bateaux avec lesquels je participais aux épreuves de course au large se situait alors dans la zone industrielle de La Teste de Buch. Cette structure, qui œuvre désormais pour Yves Parlier, fut ensuite déplacée au port de Larros à Gujan-Mestras. Naturellement, j’ai donc très souvent navigué sur les eaux de la baie, puisque nous y réalisions tous nos essais. La présentation de certaines de mes créations dans les locaux de la mairie du Pyla résulte de l’initiative d’une amie qui habite toujours sur ces rivages du Bassin. Elle m’a tout simplement sollicité pour cette exposition orchestrée par des gens d’ici.

 

BM. Assez étonnement, votre image médiatique actuelle ne reflète pas celle du grand compétiteur que vous fûtes dans l’univers de la Voile.

 

TL. Oui, la participation à toutes les grandes épreuves du circuit international, les victoires aux termes du Vendée Globe Challenge ou de la Route du Rhum en monocoque ainsi qu’un titre de champion du monde de course au large pour la période 1986-1990 apparaissent désormais presque occultés par les ouvrages que j’ai publiés ces dernières années. Un état de fait qui ne s’avère pas si illogique ! Originellement, je m’étais, dès l’âge de 17 ans, orienté vers l’univers de la navigation afin d’assouvir ma passion pour le dessin ! Embarquer, notamment en qualité d’équipier sur le Pen Duick VI d’Eric Tabarly, m’autorisa à alimenter des carnets de voyage.

 

« On se prépare exclusivement à la course »

 

BM. Comment réagit-on à l’acquisition subite d’une notoriété auprès du grand-public, à l’exemple de ce que vous avez connu après votre victoire en 1990 à l’issue du premier Vendée Globe Challenge ? Portrait

 

TL. IL n’est pas faux d’affirmer que l’on se prépare exclusivement à la compétition, jamais à ce qui adviendrait après. Bien entendu, franchir la ligne d’arrivée en vainqueur lorsque votre préparation a duré cinq ans induit prioritairement des sentiments de bonheur et de satisfaction. Il est cependant vrai que le caractère singulier de la première édition de cette course autour du monde en solitaire sans escale amplifia la reconnaissance médiatique. Comment appréhender ce phénomène ? J’imagine que chacun compose selon sa propre personnalité…

 

BM. On a rétrospectivement le sentiment que vous avez arrêté de concourir subitement.

 

TL. C’est une impression qui ne s’accorde pas véritablement avec la réalité de l’époque. Avec Florence Artaud, nous avions initié en 1991 le « Trophée Jules Vernes », une épreuve sans limite de taille pour les navires. Afin d’y participer, je m’étais préparé en décidant de la construction du plus grand monocoque de course jamais réalisé en matériaux composites. Cet immense voilier a malheureusement fait naufrage en 1993.

 

« Je crois plus aux élèves qu’aux maîtres ! »

 

BM. Quelle fut votre formation artistique ?

 

Je dessine depuis toujours, ayant très tôt éprouvé une attirance pour les arts. Cette aspiration s’est par ailleurs concrétisé très jeune comme je l’ai évoqué précédemment. Bien qu’ayant fréquenté les Beaux-Arts durant trois mois puis une autre école pendant quelques temps, j’ai appréhendé essentiellement en autodidacte la peinture, la photographie ou l’écriture. Les enseignements auxquels je fus confrontés ne me convenaient pas.

 

BM. Vous reconnaissez-vous cependant des maîtres ou des modèles ?


TL. Je crois plus aux élèves qu’aux maîtres ! Même si je ne peux nier que l’un de mes anciens professeurs ait exercé une certaine influence sur mon parcours. Il est vrai qu’Yvon Le Corre est un grand peintre et un nomade, auteur de carnets de voyages et de surcroît marin avisé. Certainement le hasard n’existe pas dans l’existence ! Les lectures de grands écrivains tels que Itwoeuvre2Conrad ou Kessel furent également des sources d’inspiration. Le livre « Les cavaliers » a indéniablement suscité l’envie de mon récent voyage en Afghanistan. Et puis on est inévitablement influencé par les grands artistes du passé comme Delacroix.  


BM. Quel sens donnez-vous à votre nomination en 2003 d’ « Artiste de l’UNESCO pour la Paix » et à votre engagement auprès de l’association Lysitrata dont le but est de défendre les femmes dans le monde et d’améliorer leur sort ?

 

TL. Je situe ces engagements dans le prolongement de mon parcours, avec le soucis de transmettre. Parfois on en vient à douter de la portée de productions artistiques… Nos créations apportent-elles réellement aux autres ? La nature de ce qu’elles véhiculent n’est pas quantifiable. Le résultat d’investissements, dans le cadre d’actions humanitaires, se révèle en revanche très concret. A titre d’exemple, on récolte des fonds afin d’aider des être humains.

 

BM. Etes-vous sensible aux menaces qui pèsent sur les milieux naturels  ?

 

TL. Sans être un expert, loin s’en faut, j’ai malheureusement eu l’opportunité d’observer des dérives dans le monde entier. Citons les méthodes employées dans le cadre de certaines formes d’agricultures qui se révèlent nocives pour nos terres, nos eaux et les populations.

 

Texte et photographies de Stéphane Saubole

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article