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Stéphane Saubole - Rédacteur

Arts - Mathieu Sodore à Madrid - Inédit - Mars 2013

23 Mars 2013 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Beaux-Arts

 

« Donner à entendre, en donnant à voir… »


MathieuSodoreSeguiriya2009acrylique sur toile162X114cm 

     Seguiriya, Mathieu Sodore (DR)
  

 

L’artiste Mathieu Sodore nous avait accordé un entretien, en février, lors du vernissage madrilène d’une exposition de ses œuvres dédiées au Flamenco. La présentation de cette série de tableaux - intitulée La música callada del cantaor en hommage à l’ouvrage de José Bergamìn – était couplée avec la projection du documentaire La Mano Azul (70 mn, 2009), réalisé par le cinéaste Floreal Peleato. Mathieu Sodore évoqua, avec autant de passion que d’honnête retenue, ce film qui lui est consacré, sa démarche créative, son afición pour la musique flamenca…

 


MathieuSodoreMataderoexpo

 


Stéphane Saubole. Pourquoi un artiste français vivant au Portugal expose-t-il à Madrid ?

 

Mathieu Sodore. Pour des raisons forts simples… L’une de mes aficiones, le Flamenco, imprègne ma démarche de peintre depuis plus de trois décennies. C’est pourquoi, dès l’âge de 17 ans, j’ai fréquemment séjourné en Espagne. Et depuis que je réside à Lisbonne, j’ai maintenu un lien avec ce pays et plus particulièrement avec la ville de Madrid. Il en résulte une certaine logique à ce que je présente une série de toiles traitant de Flamenco dans la capitale espagnole.

 

St.S. Quels furent les préalables à cette exposition, dans ce site exceptionnel, Matadero Madrid ?

 

MS. C’est un lieu que je juge merveilleux ; ces anciens abattoirs de Madrid qui ont été reconvertis en un centre de création contemporaine… L’intérêt de présenter ce travail ici est double, puisque Matadero dispose d’un grand nombre de salles d’exposition, dont une, attenante à une salle de projection, se situe dans ce qui s’appelle la Cineteca. Or, il y a trois ans, un cinéaste vivant à Madrid a réalisé un documentaire long métrage traitant de l’élaboration de cette série, depuis la toile blanche jusqu’à la signature. C’était donc une opportunité de coupler, ici, la projection de ce film La mano azul à la présentation des toiles.

 


«  Fort impressionné au début du tournage »


 

St.S. Diriez-vous quelques mots sur la genèse de La mano azul ?

 

MS. Ce projet est né d’une complicité avec le réalisateur Floreal Peleato. Etant cinéphile, je partage avec lui – qui est un grand amateur d’art - de nombreux centres d’intérêt. Donc, depuis un certain temps, nous avons des discussions passionnées et passionnantes afférentes à ces domaines. Mais s’il connaissait ma peinture, il ne m’avait jamais vu en situation, dans mon atelier. L’opportunité s’en est présentée, lors d’un de ses séjours à Lisbonne. Et cela lui a immédiatement donné l’envie d’une réalisation. Initialement, il en ignorait la forme… Mais dès qu’il fut de retour à Madrid, le lendemain de son arrivée, il m’a téléphoné pour me faire part de ce projet de documentaire… Ce fut le point de départ. 

 

 

LaManoAzul

 


St.S. Et n’avez-vous pas été intimidés par l’ombre tutélaire de Clouzot ?

 

MS. Euh… (Rires). J’étais fort impressionné (Rires), pour des raisons évidentes (Rires)… Floreal n’est pas Clouzot et je ne suis pas du tout Picasso ! De plus, même si des télévisions avaient déjà réalisé des petits sujets présentant ma peinture, il n’avait jamais été question d’un tournage long et abouti. Ainsi, lorsque j’ai accepté, je me suis senti à la fois flatté - c’est extrêmement plaisant et agréable que quelqu’un jette un tel regard sur votre travail – et un peu gêné. Et les trois premiers jours de tournage me virent extrêmement mal à l’aise, avec de fréquents « regards caméra »… Si bien que tous ces plans ont été coupés au montage et n’apparaissent pas dans le résultat final. Mais comme l’équipe de production était restreinte et leurs membres – le réalisateur photo, le preneur de son, Floreal - extrêmement professionnels et humainement attachants, ils ont su se faire très discrets. J’ai donc assez rapidement oublié leur présence, la caméra, l’éclairage…

 


« Prendre à contre-pied l’imagerie habituelle » 

 


St.S. Nous connaissions Mathieu Sodore, le « dessinateur », et, à l’occasion de cette exposition, nous découvrons des œuvres de grand format, aux larges à-plats… De surcroît, il apparaîtra surprenant de traiter d’un tel thème avec des toiles à l’acrylique.

 

MS. Concernant le format, dans la mesure où c’est une série de « portraits partiels », ne présentant que le bas du visage et la gorge - ce qui me semblait faire sens pour évoquer  des chanteurs de Flamenco - je voulais réaliser des images selon le principe du close-up au cinéma. Les personnages se révèlent donc plus grands que les spectateurs de façon à générer une présence, ne serait-ce que par la dimension de la toile. Je désirais produire cet effet. Pour le choix de l’acrylique, il y a déjà fort longtemps que j’ai adopté cette technique, même si j’ai peint à l’huile par le passé. Plus précisément, j’utilise des pigments naturels que je mélange avec un liant acrylique. J’ai une manière de travailler assez rapide, et en raison des temps de séchage, l’acrylique me convient mieux. C’est immédiat.

 


MathieuSodorePolo2009acrylique sur toile162X114cm

Polo, Mathieu Sodore (DR)

 

St.S. On associe souvent l’imagerie flamenca à une peinture avec de « la matière », aux teintes sombres recouvertes d’un épais vernis… Y’avez-vous songé à l’heure de ces choix esthétiques différents ?

 

MS. J’y ai tout à fait songé. Il a même existé une volonté de prendre un peu le contre-pied des représentations habituellement associées à ce sujet. C’est une démarche que j’ai déjà empruntée afin d’illustrer d’autres thèmes, avec une palette radicalement différente à celle attendue. A mon sens, on en dit autant… Surtout, cela me correspond mieux et permet d’éviter le cliché, le lieu commun.

 

St.S. Par ailleurs, aviez-vous, aux débuts, l’idée d’une série, ou cette intention est-elle née après une ou deux œuvres ?

 

MS. Le souhait de réaliser un ensemble homogène est, pour deux raisons, à l’origine du projet. Déjà, j’ai pour habitude de travailler par séries. J’aime ce mode de fonctionnement qui m’autorise à créer simultanément deux, trois, voire quatre tableaux. Cela me permet de tâtonner, de rechercher, de retoucher… C’est une manière de procéder qui me plaît beaucoup et qui s’est révélée particulièrement adaptée à La música callada del cantaor, dans la mesure où l’un de mes objectifs était de figurer les différents registres du Flamenco. Je ne voulais pas me contenter de l’évocation d’un ou deux palos, mais présenter un ensemble significatif de ces styles.

 


MathieuSodoreExpoMatadero2013[1]

L'esposition La música callada del cantaor (DR)

 


« Le visage au cœur de ma démarche, depuis trente ans »

 


St.S. Quelle place prennent, dans le cadre de l’exposition madrilène, les œuvres de plus petit format, également présentées, mais séparément ?

 

MS. Avant de m’attaquer aux grandes toiles, j’avais réalisé une trentaine de dessins, obéissant à des contraintes semblables en termes de composition. Je désirais notamment vérifier que le fait d’éliminer les yeux ne nuisait pas à l’expressivité des visages. Puis vint le moment de choisir parmi ces encres de Chine. J’en ai retenu dix qui ont inspiré les dix tableaux de la série.


 

MathieuSodoreCante 142008encre sur papier21X14cm

Cante, encre sur papier, Mathieu Sodore (DR)


St.S. On admire, dans ces études, la force et la précision des traits, exécutés presque dans la logique d’un graveur… Comment évolue-t-on de ces œuvres plus « détaillées » à des tableaux aux larges à-plats ?

 

MS. Il est vrai qu’une des caractéristiques de ma production depuis toujours s’avère d’être celle d’un dessinateur-graveur plus que celle d’un peintre, « au sens peintre » du terme. Ceci-dit, il y a déjà longtemps que je réalise des séries de grand format… Cependant, mes ébauches demeurent toujours très structurées. Le dessin se révèle encore présent, de manière sous-jacente. Je dois être dans l’incapacité de me lancer sans cette préparation…


 

MathieuSodoreAlegrías (étude)2008graphite sur papier21X14

Alegría, graphite sur papier, Mathieu Sodore (DR)


St.S. Ne fut-il pas trop délicat de choisir qu’ « effacer » ? 

 

MS. Ce sont des étapes… A l’époque des premiers travaux de cette nature, cet « effacement » fut effectivement presque douloureux. Mais on attend un autre résultat. Et… j’ose espérer que j’y suis à peu près parvenu. Donc je pense pertinent de sacrifier une technique que je maîtrise pour essayer d’en approfondir d’autres…

 

St.S. Le sujet principal… Est-ce le visage humain ou le Flamenco ? Ou les deux ?

 

MS. (Rires) Je vais me contenter d’une réponse de Normand : les deux ! (Rires) Plus sérieusement, le visage est au cœur de ma démarche depuis trente ans, quel que soit le thème. La rencontre de cet attrait pour le portrait et de ma passion pour la musique flamenca a donc inspiré cette série.

 

 

« Associer chaque tableau à un style flamenco »

 


St.S. On a pu constater lors du vernissage que le Flamenco, comme tous les sujets d’afición, inspire les polémiques, les discussions… Un Français n’est-il pas impressionné lorsqu’il s’attaque à ce thème ?

 

MS. Franchement non. Car heureusement, depuis environ quarante ans, les mentalités ont véritablement changé. Le regard que portent les Espagnols, et plus singulièrement les Andalous, sur des étrangers qui traitent du sujet a beaucoup évolué. Et bien souvent, les musiciens de Flamenco apprécient le public français, dont l’afición se révèle érudite, calme, à l’écoute…

 

St.S. Comment avez-vous associé les différents style de flamenco – par ailleurs très difficiles à distinguer pour le profane – aux tableaux qui en ont l’appellation ?

 

MS. Tout d’abord, bien que n’étant pas musicien, une écoute assidue m’a permis de capter quelques petites choses. Chaque palo se singularise par une métrique, un compás, un rythme. On les différencie également sur le plan mélodique, bien que cela soit parfois compliqué. Pour certains styles très voisins, la letra - les paroles - permettent de les identifier…

 

MathieuSodoreMataderoSaubole

Les oeuvres de Mathieu Sodore présentées à Madrid (St.Saubole)

 

St.S. Même si sur les toiles, on ne voit pas les yeux, ni ne figurent les noms, les bouches appartiennent à des interprètes célèbres, que les amateurs reconnaissent…

 

MS. Ma volonté était de me concentrer sur des équivalences plastiques, associant les couleurs à des rythmes. Je ne souhaitais pas réaliser des portraits d’Enrique Morente ou de Camaron… Mais je me suis amusé à représenter une chanteuse ou un chanteur connus sur chaque tableau ! C’est un supplément d’âme dédié aux connaisseurs, qui auront plaisir à les découvrir.

 

MathieuSodoreTango2009acrylique sur toile162X114cm

Tango, Mathieu Sodore (DR)


St.S. N’est-ce pas encore plus aventureux ? Et comment procédez-vous pour ces représentations ?

 

MS. Comme pour des portraits plus traditionnels, j’effectue une sélection de photographies du « modèle » et m’en inspire. Il est à préciser que les artistes flamencos choisis s’avèrent associés à des palos, qu’ils symbolisent. A titre d’exemple, pour illustrer le Martinete –originellement un chant de forge, sans accompagnement à la guitare, rythmé par un marteau frappant sur une enclume – j’ai choisi l’un des spécialistes de ce style. De même, pour l’Alegría, est figuré Rancapino, l’un de ses magnifiques interprètes.

 

St.S. Quelle est la réaction du public madrilène à ces œuvres, dans le cadre de l’exposition à Matadero ?

 

MS. Lors du vernissage, des aficionados de Flamenco ont jugé les choix assez pertinents… J’ai pu échanger avec des connaisseurs qui m’ont dit entendre les sons en voyant les tableaux. J’en suis véritablement flatté et ravi… car c’est le signe, que, d’une certaine manière, le pari est…

 

St.S. Gagné !

 

MS. Presque gagné…. A l’origine du projet, l’idée était que, tout en donnant à voir, on donnait à entendre. Et il semblerait que… enfin à tout le moins pour certaines personnes… que  cela fonctionne…

 

Propos recueillis par Stéphane Saubole 

 

 

 

Blog de Mathieu Sodore 

link

 

Site internet du centre culturel madrilène Matadero 

http://mataderomadrid.org/

http://www.mataderomadrid.org/ficha/2072/la-mano-azul.html

 

MataderoSaubole

 

Présentation du réalisateur Floreal Peleato 

 link

 

Extraits de La Mano Azul 

link

 

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omnitech reviews 08/10/2014 10:48

At first I felt it is awkward to see that it was just draw just below the eyes. But later when I saw it all together from a distance I felt that it would have been just the usually If it was done that way. This is what made it unique.

Stéphane Saubole 08/10/2014 13:29

Thanks !!!