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Stéphane Saubole - Rédacteur

Arts - Picasso par Lucien Clergue - Inédit - Août 2013

15 Octobre 2013 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Beaux-Arts

 

 

“Qu'en dirait Pablo ?”

 

 

Lors du festival PhotoEspaña, l'Institut Français de Madrid, a accueilli, du 21 juin au 26 juillet 2013, dans son espace La galerie du 10, une exposition intitulée Picasso mon ami, composée de photographies de Lucien Clergue. Ces 38 instantanés avaient été publiés, en 1993, aux Éditions Plume, dans un livre éponyme. Présent au vernissage – nous n'étions pas – le photographe français souligna la haute portée symbolique quant à la date de l'évènement madrilène.

 

 

“Quarante ans que Picasso nous a quitté. Soixante ans que, depuis notre fugitive rencontre de 1953 dans les arènes d'Arles, son souffle ne cesse de m'animer”


 

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      L'exposition Picasso mon ami (Photo Stéphane Saubole)

 

 

Peut-on être nostalgique d'une époque que l'on n'a pas connue ? Le temps que nous percevons en feuilletant les magazines de nos grands-pères – dont les “people” étaient Maria Callas, Ernest Hemingway ou... Pablo Picasso – a-t-il réellement existé ? Tous les clichés de l'exposition madrilène semblent cependant nous dire : “C'était aussi une star” ! Ses vêtures très personnalisées – l'emblématique marinière, l'improbable short, le chapeau “texan”... - ses amitiés célèbres, ses admirateurs de toutes conditions... se révèlent incontestablement les attributs de ce que l'on nomme de nos jours (certes impropement) une “icône”. De fait, son existence – bien que son quotidien demeurât toujours embrasé par sa puisssance créatrice – se situa longtemps à la frontière de la vie publique. En témoigne un cliché réalisé par Lucien Clergue en 1959, lors du tournage du film Le testament d'Orphée, qui montre le maître de Malaga, entouré de Jacqueline, de Lucia Bosé, de Jean Cocteau, de Serge Lifar et de Luis Miguel Dominguin. A 75 ans, Picasso conviait ses amis avec alacrité, dansait, chantait du Flamenco...


 

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      Picasso à la cigarette. La Californie, Cannes, 1956 (Lucien Clergue)

 

 

Comment juger une photographie de l'un des génies du siècle précédent, de surcroît mondialement connu de son vivant ? Sans porter injure au talent de son auteur, on s'interrogera si - en l'admirable portrait de 1956 - la force du sujet n'excède pas le média, si le reflet de la personnalité ne s'avère point faussé par ce qu'elle nous inspire a priori, si ce qui subjugue est l'homme, l'artiste ou sa représentation.

 

“Je me suis mis à pleurer : cela a changé ma vie"

 

Picasso avait choisi un jeune homme de 19 ans, venu dans les arènes d'Arles, de sa propre initiative lui présenter ses instantanés. Deux ans plus tard, il l'invita en sa demeure. Six décades après, l'élu se remémore - en un texte apposé à l'entrée de la salle d'exposition de l'Institut Français – cette nouvelle rencontre : “le 4 novembre 1955, jour où Picasso me reçut pour la première fois, dans sa résidence cannoise.” Il ajouta, à l'occasion du vernissage : “Une femme très belle m'a dit  - le maître veut vous voir à 14h30 - et je me suis mis à pleurer : cela a changé ma vie”. Et d'avouer : “Je me rappelle avoir, en cheminant pour la première fois vers lui, éprouvé un trac dont je ne me suis jamais départi. A Mougins comme à Cannes, l'angoisse renaissait lors de chaque visite.” Clergue confesse cependant : “Je n'aurais pourtant, sous aucun prétexte, raté l'un de ces instants d'éternité en sa compagnie. J'avais, j'ai encore besoin de son regard sur mon travail. Je continue à m'y référer. “Qu'en dirait Pablo ?”. Cette question désormais sans réponse m'habite en permanence.”


 

Manitas de Plata joue pour Picasso, Mougins 1968 Lucien Cle

      Manitas de plata joue pour Picasso. Mougins, 1968 (Lucien Clergue)

 

 

Une longue et profonde amitié naquit entre les deux hommes, aux âges – 53 printemps les séparaient – et aux idiosyncrasies si distincts... et s'épanouit à Nîmes, Arles, Cannes ou Mougins. Mais cette intimité et ce soutien de l'ainé - “Il a créé l'affiche de ma première exposition, la couverture de mon premier livre” - n'atténua en rien la révérencieuse fascination du cadet. Il est vrai que “Don Pablo” - comme l'appelle encore Lucien Clergue - était “l'ami de nombreux photographes. Et non des moindres : Steichen, Cartier-Bresson, Doisneau, Brassaï, Villers, Duncan...”. Et d'affirmer : “Les portraits qu´il a fait de Dora Maar sont excellents. Meilleurs que ceux de Man Ray. Mais, Don Pablo pouvait être le nº 1 en tout”...

 

Celui qui “court plus vite que la beauté”

 

Dans les premiers temps de cette relation, Jean Cocteau - qui déjeuneait tous les samedis avec Picasso - fut l'Hermès, apportant les travaux du jeune homme. Bien qu'il soit impoli de citer les absents, nous ne résistons pas à l'envie de retranscrire des extraits de L'improvisation de Rome, un discours qu'il prononça en 1953, dans le cadre d'une exposition Picasso, enregistré par les organisateurs puis édité par Grasset. Ces verbatims évoquent notamment la quête de celui qui “court plus vite que la beauté”. “Cet homme est continuellement en lutte avec le désir de sortir de lui-même, et on a l'impression, quand il termine une oeuvre, que sa prison est un bagne, que cette oeuvre est un forçat qui s'évade et qu'il est naturel que beaucoup de personnes la poursuivent avec des fusils et des chiens.” Il précise, que très loin des simulacres de Lucrèce : “Picasso n'a jamais prétendu faire de la peinture abstraite. Il cherche férocement la ressemblance, et il y arrive de telle sorte que l'objet ou la figure qui sont à l'origine de son travail perdent souvent relief et force à côté de leur représentation.” Cocteau insiste sur la proximité de Picasso avec les aèdes (le vieux songe de l'ut poesis pictura ?) : “N'est-il pas significatif que Picasso, plus qu'avec des peintres, cherche à vivre avec des poètes ? Car il est un grand poète. Ce qu'il peint parle et reflète les mêmes exigences que les nôtres. Sa syntaxe est visuelle, semblable à une syntaxe d'écrivain. Il apparaît que chacune de ses toiles cherche à répondre à ce que Guillaume Apollinaire appelait le poème-évènement. Lorsqu'il aborde une syntaxe neuve, une série, toujours une des toiles de cette série la couronne, la résume et devient événement.” Et de conclure son allocution : “Qu'il me suffise de saluer le pape, le Borgia d'une église dont les peintres maudits, Van Gogh en tête, furent les premiers martyrs.”

 

Le créateur des Rencontres d'Arles

 

 

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      Lucien Clergue en compagnie du défunt Nimeno II (Photo François Ducasse)

 


Avant même la disparition de son génial inspirateur, Lucien Clergue avait créé, en 1968, avec son ami Michel Tournier, le festival international de photographie des Rencontres d'Arles, devenu l'un des évènements majeurs du 8ème art. Sa sensibilité s'est également exercée, mutatis mutandis, en 75 livres et une vingtaine de courts et moyens métrages ; une inspiration qui a cheminé sur des layons parfois extriqués : les premiers travaux marqués par les bombardements, les charognes des bords du Rhône, les corridas, les nus, la mer, les paysages de Camargue... Ses œuvres figurent ainsi aujourd'hui dans les collections des plus grands musées (Metropolitan Museum, Museum of Modern Art, New York, Musée Georges Pompidou, Israel Museum, Jérusalem, Folkwang Museum, Essen, Metropolitan Museum, Tokyo...). Le jeune “espontaneo” arlésien est devenu l'un des “voleurs d'images” les plus connnus sur la planète Terre !


Stéphane Saubole

 

 

 

Site de l'Institut Français de Madrid

http://www.institutfrancais.es/madrid/exposiciones/picasso-mon-ami

 

Site dédié à Lucien Clergue

http://www.anneclergue.com/artists/Lucien-Clergue

 

PICASSO MON AMI de Lucien Clergue

LA GALERIE DU 10”

C/ Marqués de la Ensenada, 10 - 28 004 Madrid
(Metro Colón, Alonso Martinez)
 

 

 

 





 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Julia Gyhs 11/10/2013 19:44

Très beau article

stephanesaubole 13/10/2013 10:23



Merci !