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Stéphane Saubole - Rédacteur

Economie - Objectif Aquitaine - Les galeries d'art - Décembre 2005

28 Avril 2012 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Economie

Le beau métier de galeriste

 

Exerçant une profession souvent méconnue, les galeristes créent un lien avec le public, en oeuvrant pour la publicité de l’art.  Une activité qui compose avec des contraintes économique lourdes et un climat difficile en Aquitaine comme dans toute la France.

 

« L’activité de galeriste ne s’improvise pas ; c’est un vrai métier » énonce Nathalie Lamire Fabre qui a crée en 1993 « Arrêt sur image », un lieu d’art contemporain situé depuis 2002 au Hangar G2. Et de fait, la passion manifeste de cette professionnelle n’exclue pas une authentique démarche d’entreprise avec des fichiers clients, des envois d’invitations ciblés et un très beau site internet. Sa réputation comme celle de ses confrères aquitains les plus reconnus s’est ciselée avec le temps et offre de précieux repères à des acheteurs potentiels parfois déroutés. Car le sentiment de joie de celui qui acquiert une œuvre pour s’entourer de beauté frôle parfois celui de la peur de succomber au cynisme ambiant. Ainsi l’expérience et l’expertise cultivées par Madame Marquette, la créatrice, en 1973, de la galerie « Le 3ème œil » et de  sa succursale parisienne il y a 14 ans, sont-elles recherchées par de nombreux collectionneurs. La propriétaire de cette adresse incontournable, Rue des Remparts à Bordeaux, nous éclaire sur le fonctionnement économique d’une galerie : « Quand nous vendons une œuvre 1000€, en dépôt vente, 500€ reviennent à l’artiste, 196€ sont décaissés au titre de la TVA et 40 € sont acquittés à la Maison des Artistes. Il nous reste un peu plus de 25% du montant initial pour assumer les charges induites par la communication, les invitations, les catalogues, le transport, les frais d’encadrement, l’électricité générée par 34 spots, les droits d’entrée à des foires internationales et bien entendu les salaires. ». Pour réaliser des plus values plus conséquentes, « Le 3ème œil », comme de nombreux marchands d’art, se constitue un fonds, en investissant dans des collections qui sont proposées à la vente après quelques années d’attente. Un procédé qui implique des immobilisations coûteuses mais peut s’avérer payant à la condition d’avoir bien appréhendé l’évolution des artistes choisis. « C’est un marché d’initiés, il faut du flair » rappelle Madame Marquette.

 

Les orientations des galeries

 

Bien qu’elles aient optés pour des orientations esthétiques fort différentes, les galeries aquitaines consultées sont réunies dans leur souci revendiqué « de n’exposer que les artistes qui leurs plaisent ». Mais autant « Le 3ème œil »Bouscayrol2 privilégie des expositions consacrées à un artiste unique, tels que Garder, Lonthe ou Lagoutte, autant la galerie paloise Bouscayrol a choisi de moduler dans un même temps une plus large gamme d’expressions contemporaines ; des œuvres très figuratives de Jouenne ou de Deimonaz à celles de Raumann, Weisbuch et Combas. A Arcachon, Madame Thomas Dubarry expose depuis 22 ans dans une galerie éponyme - qui a récemment déménagé d’une centaine de mètres - les sculptures et les tableaux de son époux, l’artiste Jean-Pierre Thomas.  « Je présente également des créateurs très divers, comme Suraud par le passé, Moison, Malé ou Ponty actuellement et je donne volontairement très souvent leur chance aux femmes » précise cette institutrice à la retraite qui a mené de front les deux carrières. Le parti-pris de Nathalie Lamire Fabre se révèle lui d’ordre exclusivement esthétique. Photographies, collages, gravures, peintures sur feuille…sa galerie ne présente que des œuvres qui ont une familiarité avec le support papier. Elle collabore ainsi avec des artistes dits « permanents » - dont elle expose les créations environ tous les deux ans - tels que les photographes Philippe Pons ou Jean-Luc Chapin, et les peintres Raphaël Canogar, Anna Shanon, Aguéda de la Pisa ou Roger Dérieux

 

La valeur des œuvres

 

Mais comment les galeries déterminent-elles les prix des tableaux et des sculptures offerts au regard du public ? Selon Fausto Mata qui veille au quotidien sur « Le 3ème  œil » à Bordeaux, les valeurs tarifaires des artistes connaissent des progressions lentes et continues, déterminées par les évolutions de leur carrière. « Nous proposons, entre 1000 € et 16 000€, des créations d’artistes déjà présents au musée ou susceptibles d’y entrer ». Nathalie Lamire Fabre revendique une même démarche de cohérence et de continuité dans les prix avec des œuvres vendues entre 500€ et 3000€ dans la galerie « Arrêt sur Image ». Tout le monde semble aussi convenir que la valeur d’une œuvre d’art dépend plus, à l’exception de celles des poids lourds du marché, du mécanisme économique classique de l’offre et de la demande que d’une côte souvent fantasmée. Sans acheteur, pas de vente, quelque soit la cotation et la notoriété d’un peintre ou d’un sculpteur ! Ce que résume fort bien le peintre Michel Pourteyron en déclarant : « je ne dis jamais « mes peintures valent tant » , mais « je les vends à tel prix et je ne promets rien » ». Au vrai, le plaisir de l’acheteur et sa propre culture enrichie d’avis d’experts seront certainement les meilleurs viatiques d’un acquêt  concluant.

 

L’érosion du public

 

L’aire d’influence de la galerie Bouscayrol s’étend dans tout le grand Sud et celle du 3ème œil atteint Poitiers ou La Rochelle, quand la galerie Thomas Dubbary, de part son emplacement sur un site touristique, accède à une clientèle issue de la France entière. Mais en dépit de cette amplitude géographique, tous ces professionnels déplorent une érosion de leur public avec la disparition d’une classe socio-professionnelle de clients. « Il y a une dizaine d’années, des personnes issues des classes moyennes achetaient à crédit un tableau coûtant 10 000 ou 12 000 francs de l’époque. Cette catégorie n’existe plus » énonce Marie Josée Bouscayrol. Une évolution attestée par Michel Pourteyron  ou Nathalie Lamire Fabre qui dessinent une clientèle de cadres supérieurs et de professions libérales. Les difficultés économiques actuelles, mais également de nouvelles aspirations sociales détermineraient ce phénomène. « Nos concurrents ne sont pas les autres galeries mais les agences de voyage ! Aujourd’hui, certains partent 3, 4 ou 5 fois dans l’année. Tout le monde veut voyager. » avance même Fausto Mata. Il précise néanmoins, qu’à contrario de ce mouvement d’ensemble, de rares passionnés d’art aux revenus modestes constituent de très belles collections privées. Par ailleurs, cet historien de l’art affirme que les entreprises, soucieuses de communiquer avec des valeurs positives et d’offrir à leurs salariés un cadre de vie agréable composent un très large public potentiel. Un espoir pour des galeristes qui vivent souvent leur métier comme un apostolat ? Car tout en déplorant le peu de goût de notre époque, à la fois pour le patrimoine culturel et pour l’altérité, ils souhaitent en priorité « transmettre le regard ».

 

Texte et photographies de Stéphane Saubole

 


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