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Stéphane Saubole - Rédacteur

Haute Couture - Exposition de Jean-Paul Gaultier à Madrid - Novembre 2012

29 Novembre 2012 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Mode

Jean-Paul Gaultier, de la rue aux étoiles !

 


1ProgrammexpositionGaultier

 

 

Une exposition exclusivement consacrée à Jean-Paul Gaultier est accessible au public madrilène, à la Fondation MAPFRE, depuis le 6 octobre 2012 jusqu’au 6 janvier 2013. Intitulée Universo de la moda : De la calle a las estrellas, cette « rétrospective » présente plus de 120 créations du couturier français. 


 

3LesviergesGaultier


Apercevoir le visage de Jean-Paul Gaultier, immortalisé par Pierre et Gilles, dans les principales artères de Madrid ne manquera pas de surprendre un promeneur français, plus habitué à l’apercevoir à l’écran de2GaultierMapfre sa télévision. Si « l’Homme à la marinière » s’y fait plus rare qu’à l’époque (1993) où il co-animait Rapido  (Eurotrash en VO) avec Antoine de Caunes, il suscite toujours auprès du public une sympathie admirative et presque familière ; celle qu’on vouerait à un grand frère ou à un jeune oncle à la fois célèbre et rigolard…

Le styliste a réussi le tour de force d’acquérir, au fil des ans, un immense notoriété, tout en conservant  des admirateurs dans les milieux les plus « branchés ». Aujourd’hui, à 60 ans, le mutin s’est affirmé comme un  créateur  honoré par ses pairs ainsi qu’un homme d’affaires avisé. En 2011, le magazine Challenges classa le fondateur de la société Jean Paul Gaultier SA au 500ème rang des personnalités les plus riches du pays. Cette bonne fortune doit beaucoup à une fructueuse inspiration : le lancement d’une ligne de parfums dont la commercialisation représenterait près de 80 % du chiffre d'affaires de l'entreprise. De plus, Jean-Paul Gaultier a été, de 2004 à 2010, un brillant directeur de création pour la collection de prêt-à-porter d'Hermès. Dans un autre registre, il fut, en 2012, jury au festival de Cannes. On connaît activités parallèles moins prestigieuses !

 

Un communiquant plutôt taisant…

Bien au-delà de ces considérations commerciales et de ces signes de reconnaissance, JPG a toujours su cultiver une fertile créativité. On n’est pas prêt de border dans un lit de Procuste celui qui a récemment présenté à Paris une collection printemps-été 2013 dédiée aux icônes des eigthies. En cette circonstance, il déclara à l’hebdomadaire L’Express : « Madonna, c'était l'après féminisme où on jetait les soutien-gorges. Elle disait oui je m'habille d'une manière sexy mais c'est moi qui décide de le faire. Boy George avec son look à l'ambiguïté totale, c'était aussi une revendication. » Relevons que c’est l’une des rares « confessions » quant aux motivations profondes et à la quête d’un homme qui leurs a, le plus souvent, substituées des pirouettes, fussent-elles habiles. Ce grand communicant a su composer un personnage avenant et volubile, délivrant un discours bien rodé ; la petite histoire d’un jeune banlieusard d’Arcueil, inspirée par une grand-mère aimante, « habillant » dès l’enfance son ours en peluche, puis subjugué à l’adolescence par le film de Jacques Becker Falbalas… blablabla, la jolie fable… A ce sujet, le site exclusivement consacré à l’événement madrilène lève un coin du voile…

 

L’engouement des madrilènes

 

7.RobeGaultier

 

C’est  donc à l’étiage de l’estime qu’inspire Jean-Paul Gaultier, même chez ceux rétifs à la haute couture, que la perspective de découvrir « son » exposition a pu susciter quelques inquiétudes ; les excursions des grands stylistes dans les lieux d’art ne se sont pas  toujours révélées d’extraordinaires réussites. Intitulée Universo de la moda : De la calle a las estrellas, l’exposition madrilène a été originellement créée et inaugurée au Quebec, du 17 juin au 2 octobre 2011. Le Musée des Beaux-Arts de Montréal eut la primeur de cette « rétrospective », honorant  les 35 années de carrière de l’un des Frenchies les plus connus au monde. Nous ignorons dans quelle mesure la « version » espagnole en diffère, mais son succès s’exprime en un magnifique engouement populaire. En attestent de longues files d’attente aux portes de la fondation MAPFRE et la réjouissante diversité des personnes qui les composent. Des couples les plus « straights » aux modeux les plus « in », des étudiantes griffonnant fiévreusement sur leur bloc-notes aux dames d’un âge certain venues entre copines admirer en connaisseuses le travail des petites mains sur les corsets, des Madrilènes de tous âges ont répondu à l’invitation du couturier français.

 

Une scénographie euphorisante


4LesviergesGaultier

 

C’est avec une belle prodigalité que Jean-Paul Gaultier nous convie à une promenade euphorisante au cœur de ses univers. Déjà, il a eu le (très) bon goût de ne pas nous infliger une succession de croquis et de photographies d’ateliers… Nous n’avons jamais douté que les grands créateurs de mode eussent une « main » mais nous aurions su si leurs esquisses égalassent celles de plus grands maîtres… Rencontré incidemment, Thierry-Maxime Loriot, le commissaire de l’exposition, nous confirma la volonté « de montrer aux visiteurs les modèles des collections, sans vitrines, sans obstacles ».


8ParisiennesGaultier

 

L’intention s’avère d’autant plus louable que la scénographie se révèle fantastiquement accomplie. Ludique sans être anecdotique, parfois hilarante, la mise  en scène de mannequins aux faux airs11PunkGaultier d’hologrammes, la perfection des éclairages et la justesse des agencements émerveillent. Au total, plus de 120 « tenues » tohu-bohutent dans des salles distinctes, comme autant de tableaux d’une revue.

Baptisés L’Odyssée de Jean-Paul Gaultier, Le boudoir, A fleur de peau, Punk Cancan, Jungle urbaine, Metropoli… ces espaces mêlent des créations de prêt-à-porter ou de haute couture ponctuant plus de trois décennies.

 Des pièces issues de plus de 60 collections ( !!!) y sont orchestrées, avec une certaine prédilection pour les années 2000 : Les Indes galantes (2000), Paris et ses égéries (2000-2001), La Parigote (2002), Les Hussardes (2002-2003), Les Vierges (2007), La Calligraphie (2009), Les Actrices (2009-2010), Les parisiennes (2010-2011)…

 A ce titre, on ne résistera pas au plaisir de citer les noms savoureux de certains  défilés : Et Dieu créa l’Homme (1985), Le concierge est dans l’escalier (1988), Pin-Up Boys (1996), Flower Power et Skinheads (1997-1998) ( !!!), Divine Jacqueline (1999), Belles des champs (2006)…

 

La bande-image des 30 dernières années

5.MarinièresGaultier

 

 

Les archétypes de la mode planétaire signés Gaultier – « ses radotages » comme il le dit lui-même – sont bien évidemment à l’honneur avec la présentation de marinières, de corsets, de jupes pour hommes, de bustiers aux seins coniques… 14AlmodovarAbrilGaultierMais leur présence ne saurait occulter les rinceaux d’une exubérante créativité, qui sophistique le sujet à son plus haut point.

Quelques œuvres photographiques – signées d’auteurs emblématiques tels qu’Andy Wharol, Robert Doisneau, Cindy Sherman, Jean-Baptiste Mondino, Pierre et Gilles…- nous rappellent avec force, à quel degré l’esthétique de Jean-Paul Gaultier a influencé notre imagerie depuis les années 80. Une histoire qui « tient à la fois  de l’épopée et de la sucrerie. », pour paraphraser Malraux.

 

Le styliste - animé par des passions peu jalouses - a créé les costumes de réalisateurs aussi différents que Peter Greenaway, Pedro Almodovar, Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet, Gabriel Aghion ou Luc Besson, ainsi que de chorégraphes tels que Régine Chopinot, Karole Armitage, Maurice Béjart, Joaquin Cortès ou Angelin Preljocav ! Ce bel éclectisme s’est illustré dans des collaborations tous azimuts avec des artistes de scène : Grace Jones, Tina Turner, Nirvana, Lady Gaga, Red Hot Chili Peppers, Niagara, Neneh Cherry, Depeche Mode, Beyoncé, Yvette Horner (si, si…), Boy George, Cameo, Mylène Farmer, Kylie Minogue, Les Rita Mitsouko et… Madonna (Blond Ambition Tour, en 1990, et Confession Tour, en 2006). Après tout, la Ciccone ou le Chichin, chacun ses préférences ! In fine, Gaultier, scrutateur, toujours d’un cran au dessus du réel, de nos charmeuses dissemblances, ne serait-il pas le chantre d’une superficialité… qui ne l’est désormais plus tant elle s’inscrit dans notre patrimoine ?

 15DédicaceGaultier

 

Texte et photographies de Stéphane Saubole

 

 

Le site de Jean-Paul Gaultier

http://www.jeanpaulgaultier.com/brand/fr

 

Le site de l’exposition

http://www.exposicionesmapfrearte.com/jpg/index.html

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