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Stéphane Saubole - Rédacteur

Musique - Fonkadelica - Maceo Parker - 2007

28 Avril 2012 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Musique

RootsGroove

Roots & Grooves - Maceo Parker

Maceo Parker

Cream Records

 

L’album « Roots & Grooves », dans les bacs depuis octobre 2007, restitue des prestations scéniques de Maceo Parker pour la première fois depuis « Soundtrack » en 1994, bien que  l’enregistrement live demeurant dans tous les esprits des amateurs de funk est celui qui deux ans plus tôt lança définitivement sa carrière solo : le trépidant « Life on Planet Groove ».


 

  Sur le nouveau double CD, autant l’accompagnement par un big band jazz lors d’une tournée européenne en février et mars 2007 serait en mesure d’interpeller le funkasteer autant le choix d’un premier opus exclusivement dédié à Ray Charles ne surprendra guère les habitués des concerts de l’ancien JB’s qui célèbre rituellement «The Genius » Maceo(encore récemment au Krakatoa près de Bordeaux) avec une émouvante interprétation de « Georgia on my mind », au chant et à la flûte traversière. De plus, Maceo a toujours déclamé son admiration pour son aîné -  ainsi que pour ses musiciens fétiches tels que le saxophoniste David « Fathead » Newman. - assumant dûment sa filiation à l’un des créateurs de la soul music.

 

Tribute To Ray Charles

 

Le premier volume de« Roots & Grooves », intitulé Tribute To Ray Charles s’avère donc exclusivement composé de reprises de « Brother Ray » interprétées sur scène avec le WDR Big Band Cologne, dirigé par Michael Abene. Cet ensemble allemand qui avait précédemment collaboré avec Lalo Schifrin et Paquito D’Rivera, accompagna récemment la formation du regretté Joe Zawinul, le seul natif d’Autriche a avoir composé, en 1966, un standard de la musique noire américaine ( « Mercy, Mercy, Mercy » popularisé par Cannonball Adderley et gravé sur l’album « parkérien » Southern Exposure paru en 1993). Même dans ces condition le pari de Maceo de rendre hommage à l’inimitable Ray Charles inquiètera à priori le sectateur des deux grands musiciens – une trop grande sujétion n’aurait guère de sens et un démarquage forcené serait malvenu -  tant il sera tenté de comparer les attendus de ces nouvelles versions à l’étiage des originales. Le titre augural, le célébrissime « Hallelujah I Love Her So” rassure d’emblée tant le funkyman apparaît dans une forme resplendissante substituant à la voix du « Genius » son alto afin de jouer le célèbre thème. Le Hammond B3 du claviériste Franck Chastenier enjolive une interprétation dont le swing du big band, bien que dégageant une belle puissance, semblera un peu trop corseté. Sur le tempo plus lent de « Busted », le WDR Big Band Cologne se révèle mieux à son aise et le guitariste Paul Shigihara se distingue par un jeu blues-rock inattendu dans un tel contexte. En revanche l’interprétation vocale de Maceo n’étonnera pas les fans. Au vrai, le mimétisme de sa voix avec celle de son aîné – bien qu’elle ne puisse s’exprimer avec l’étendue du registre du modèle – s’avère troublant. Le chant des musiciens ! Ray Charles déclarait d’ailleurs ne pas se définir comme un chanteur au sens classique du terme et affirmait qu’il ne devait pas être montré en exemple. L’organe de Maceo demeure plus cantonné dans les graves, mais il prend tout de même aux tripes notamment durant « Margie » et surtout « You Don’t Know me ». Celle ballade durant laquelle il exprime toute l’émotion de la soul demeure proche de l’original. Cette chanson à double sens succéda de peu aux premiers grands succès de « Brother Ray » et fut composée à l’époque des luttes pour les droits civiques. Les paroles semblaient évoquer le petit ami de la femme dont on est secrètement amoureux mais disaient en réalité : « Vous croyez me connaître, mais vous ne me connaissez pas. Je ne suis pas ce gars heureux qui gesticule ». On peut d’ailleurs voir son auteur pleurer dans un documentaire lorsqu’il l’interprète. Sur le titre « Them That’s Got », plus jazz et moins connu, l’introduction typiquement dans la tradition des big band est suivie de passages magnifiques de la section de cuivres et d’un Maceo dont le timbre d’altiste s’adapte décidément à tous les styles. Avec « Hit The Road Jack » et « What’d’ I Say », la formation s’attaque à des tubes planétaires. Pénalisé sur ces deux hits par l’absence d’émules des trop sous-estimées Raylettes (il faut réécouter les incandescents « The Right Time », « Tell me the Truth » ou « Yes indeed »), le maestro de la funk semble sur le plan vocal presque intimidé par sa référence ne s’aventurant pas dans ses délires aigus et ses variations hallucinantes. « Hit The Road Jack” paraît donc un brin trop appliquée manquant de cet esprit canaille qui animait la chanson. Sur le mythique « What’d’ I Say », Maceo excelle au saxophone sur un thème Rythm’and’ blues et se libère, huchant le public afin qu’il reprenne les célèbres onomatopées. La version n’atteint cependant pas la folie extatique de celle légendaire du live de Newport. L’interprétation envoûtante (délicatement accompagnée par le Fender Rhodes de Frank Chastenier) du natif de Caroline du Nord de “Georgia On my Mind” – on se souvient alors également de Billie Holiday ou de James Brown – émeut, exhalant une touchante d’humanité.

 

Back to Funk

 

Le deuxième volet de « Roots & Grooves » est également capté live avec le WDR Big Band Cologne mais bénéficie des apports du bassiste Rodney « Skeet » Curtis, un ancien de la bande à Clinton déjà à l’œuvre sur les albums précédents de Maceo et de son coreligionnaire le batteur Denis Chambers, revenant à ses premiers amours d’ancien de Funkadelic ou de P Funk All Stars après avoir tenu sa place derrière les fûts en compagnie de Brecker Brothers, De Francesco, Bill Evans, Georges Duke, Stanley Clarke, Herbie Hancock, John Mac Laughin, John Scofield, Lucky Peterson, Mike Stern, Santana…Les quatre premiers morceaux, issus des albums « Funkoverload » (1998), « School’s in ! » (2005), et de « Made by Maceo” (2003) offrent une funky moderne et vive. Sur « Uptown Up », moins groovy que l’original enregistré avec Fred Wesley au trombone, Maceo répond avec maestria aux soli du trompettiste Andy Haderer et à celui plus étonnant de Olivier Peters à l’Electronic Wind Instrument. Durant les 6,23’ que dure « To Be or Not To be », tous les interprètes se révèlent à l’unissondélivrant un groove impeccable. Denis Chambers bride volontairement sa virtuosité, au service de la cause, avec un jeu infailliblement funky. La saxophoniste altiste de la formation allemande, Karina Strassmayer, se démarque sur ce titre en délivrant avec impétuosité des chorus engagés et rugueux, en offrant un duo remarquable avec le maître et en occupant crânement le devant de la scène pendant qu’il interpelle l’assistance. Après une introduction basse-batterie avenante, les soli à l’alto et les riffs hammond de Chastenier se succèdent, soutenus par une section cuivre au diapason et agrémentés d’une savoureuse performance de Rodney « Skeet » Curtis, tout le long du très percutant « Off the Hook ». Décidément impeccable au Hammond B3, Franck Chastenier enrichit un « Advanced Funk » durant lequel le saxophone de Maceo ne cesse de virevolter. Enfin les deux derniers morceaux du deuxième album en réfèrent à la mythologie brownienne. « Shake Everything You Got » est un incomparable classique joué sur toutes les scènes du monde. Le chant percussif de Maceo, son jeu à l’alto, soutenu par l’exceptionnelle assise du couple Curtis-Chambers offrent une version sans pusillanimité, bien qu’elle s’avère moins chaleureuse que sa devancière immortalisée sur « Life on Planet Grove » par Larry Goldings, Pee Wee Ellis et Fred Wesley. En revanche l’interprétation au long cours (17,48’) de l’éternel « Pass The Peas » - cette exorde au bonheur – enchante par sa rythmique brownienne, par sa suite de chorus de Parker et par ses improvisations assez free du saxophone ténor Paul Heller et de Olivier Peters à l’EWI. Mais l’acmée du titre est le solo hallucinant de batterie funky de Denis Chambers. Répondant continûment au cris d’un public brûlé de belles fièvres, le musicien, seul avec son instrument, combine technique étourdissante, frappe brute et retours aux fondamentaux. Chambers conclue sa performance sur la reprise d’un rythme basique et exceptionnel à la fois. Au final toute la formation vient à la rescousse avec un Maceo Parker qui donne une dernière fois de la voix, réchauffant les corps et les esprits pour une ultime intimation à la danse. On aura compris que le double album « Roots & Grooves », n’étant pas superfétatoire, s’avère une réussite, mais les déjà nostalgiques qui ont entendu en live la sainte trinité des cuivres au début des années 90, regretteront l’absence de Pee Wee Ellis et de Fred Wesley. Comment n’eussions nous pas rêvé de leurs présences afin que leurs brandons attisassent ces déjà jolies torchères funky ?

 

Maceo2

  Texte  et photographies Rémy Boncoeur (Pseudonyme de Stéphane Saubole) 

 

http://www.fonkadelica.com/

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