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Stéphane Saubole - Rédacteur

Musique - Inédit - Interview d'Aurora Garcia - Janvier 2014

5 Janvier 2014 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Musique

 

« Aurora & The Betrayers : un projet plus mature »

 

 AuroraGarciaSingle

Le premier single, à découvrir : http://www.auroraandthebetrayers.com/escucha.html

 

 

Réputée pour ses interprétations vocales sur tous les registres de la «Great Black Music », Aurora Garcia s'est révélée particulièrement avenante, avant de monter sur scène, le 12 décembre 2013, dans le cadre de la soirée Funky Monsters. Il est vrai que l'actualité de la «soul sister » madrilène se révèle féconde, de la création récente du band Aurora Garcia & The Betrayers, à la sortie prochaine de l'album Shadows go Away, avec en point d'orgue (Hammond !) un concert de présentation, le 7 février 2014, salle Shôko, quartier La Latina, Madrid...

 

Stéphane Saubole Tu interprètes la musique noire-américaine sous de nombreuses formes. Quelle est celle que tu as découverte avant les autres ?

 

Aurora Garcia. Comme souvent, j'ai, dans un premier temps, connu des styles plus «élaborés». Mais après être devenue véritablement amoureuse de la Soul, j'ai voulu en savoir plus sur les racines de cette musique. Or, quand on recherche ses origines, on parvient rapidement aux influences africaines. De plus, je suis devenue une fan du Blues le plus «authentique». J'adore Muddy Waters, Sister Rosetta Tharpe et de nombreux autres artistes de cette catégorie !

 

StS. Avec quel répertoire as-tu débuté sur scène ?

 

AG. J'ai toujours chanté des morceaux issus de nombreux styles, notamment des titres célèbres. On puise souvent à la source de ce qui nous a le plus touché. J'ai ainsi repris des chansons popularisées par Otis Redding, par Aretha Franklin, par Stevie Wonder, par Mickael Jackson, par les stars du label Motown... par tous les grands ! Je pense que l'on doit d'abord s'inspirer des «originaux».

 

StS. N'est-ce pas difficile, relativement à la technique vocale, d'évoluer dans tous ces univers musicaux ?

 

AG. C'est une très bonne question ! En Espagne, les musiciens s'expriment un peu dans tous les styles, piochant ici et là. Il en résulte que tout le monde joue assez bien différents répertoires - par exemple pour la musique noire, ceux du Jazz, du Blues, de la Soul, du Funk... - mais personne n'est véritablement spécialisé. Cela me paraît un problème ! Car presque tous les musiciens s'avèrent largement influencés par ce qu'ils écoutent et en oublient leur personnalité. Bien entendu, nous sommes tous façonnés par ce que nous avons écouté ! Mais se spécialiser vraiment dans un domaine permet d'atteindre un niveau, qui autorise ensuite à s'évader plus facilement. J'aime chanter des chansons de Billie Holiday, puis, un autre jour, des titres d'Aretha Franklin. Si je ne m'étais pas spécialisée dans la Soul pure des 60' et des 70', je n'aurais pu interpréter tous ces genres différents.

 

StS. N'y a-t-il pas un danger, pour ta voix, à chanter avec toute ton énergie, du Rythm'n'Blues «dur», à la manière d'Otis Redding, avant d'interpréter les grands standards du Jazz ?

 

AuroraGariaConcert

     L'invraisemblable présence scénique d'Aurora Garcia

AG. Je dois faire attention, surtout en tournée quand il y a beaucoup de dates. De plus, je fume beaucoup... Mais, on acquiert une technique basique pour ne pas s'abîmer la voix en concert. Parce que si on crie à fond, comme une folle, on se casse la voix. Surtout avec les années qui passent.

 

StS. Souhaiterais-tu t'exprimer sur du Flamenco, de la Musique Classique ou du Baroque ?

 

AG. Il me plaît d'écouter de la musique classique chez moi, mais ce n'est pas une expression musicale qui me touche assez pour envisager l'interpréter. De même, j'apprécie le bon flamenco en live, mais ses caractéristiques ne m'émeuvent pas véritablement.

 

StS. Ce soir, pour cette nouvelle édition madrilène de l'évènement Funky Monsters, quels titres chanteras-tu ?

 

AG. Nous réaliserons, avec Juan Rozoff, une cover de Hard to Handle, d'Otis Redding. Il est également prévu que je chante le classique Memphis Train, ainsi qu'un morceau du bluesman Freddie King. Mais il y aura nombre d'autres participants à cette «jam-session» organisée, comme Mamafunko, Watch Out, Cosmosoul, Astrid Jones & The Blue Flaps, Julian Maeso ou Madri Grass. 

 

      La prestation de la "soul sister" lors de l'évènemet Funky Monsters

 

«Un travail collectif de composition»

 

StS. Tu as longtemps été la chanteuse du groupe Freedonia. Peux-tu évoquer les tenants et les aboutissants de cette nouvelle aventure avec les Betrayers ?

 

AG. Freedonia représente quelque chose de très important dans ma vie. Ce fut un lancement qui m'a permis de rencontrer beaucoup de personnes, de jouer dans de très nombreux endroits, de mener mille projets... Freedonia m'a autorisé à connaître tout cela ! Mais, aujourd'hui, je crois qu'Aurora and the Betrayers est un projet plus mature. Les chansons m'apparaissent mieux étudiées et élaborées avec un meilleur son. Je préfère... Freedonia était plus orienté vers la scène, afin que les concerts se déroulent bien et que le public danse. Cette nouvelle aventure se révèle plus profonde, même si nous voulons également faire la fête et jouer avec intensité. C'est cependant bien plus personnel.

 

StS. Et du fait même du nom, te situes-tu plus comme un leader ? Le projet Aurora Garcia and The Betrayers s'avère-t-il collectif ?

 

AG. C'est un groupe. Le nom Aurora and The Betrayers résulte de la manière dont s'est créée la formation. Je me suis séparée de Freedonia et j'ai connu les Betrayers qui étaient les musiciens de la Factoria Sietepulgadas Records. «Pourquoi ne pas créer un groupe ?» : nous sommes-nous dits ? Et le nom d'Aurora and the Betrayers s'est imposé naturellement. On pourrait imaginer que je suis plus exposée au public, comme une chanteuse accompagnée de ses musiciens. Mais lorsque nous travaillons, nous sommes tous dans la même barque.

 

AuroraGarciaBetrayers

     Aurora Garcia & The Betrayers, détenteurs du "feu sacré"

StS. Qui compose la musique et qui écrit les paroles ?

 

AG. Tout d'abord, ce sont nos propres chansons. Le premier disque sortira en février, constitué  exclusivement de compositions. Chaque membre a mis son grain de sel. J'ai écrit, en anglais, toutes les paroles, qui évoquent des histoires personnelles, avec des textes parfois sombres.

 

StS. Imagines-tu chanter de la Soul Music en espagnol ? D'après toi, est-ce envisageable ?

 

AG. Je pense que l'espagnol est une langue qui sonne «dur». Cela me semble donc très compliqué. Surtout, j'ai écouté durant toute ma vie de la musique afro-américaine ou venue d'Angleterre... donc en langue anglaise ! Certains ont essayé d'adapter ce type de musique en espagnol. Mais rien ne m'a convaincue. Je ne veux pas être une pionnière et n'ai pas l'intention d'inventer le courant électrique ! Ce que nous faisons me rend heureuse. Je crois que nous innovons en matière de son, sur la base de racines anciennes produites de manière plus moderne. En anglais, cela me paraît bien.

 

«Des influences anciennes produites de manière plus moderne»

 

StS. Quel est ton rôle dans l'élaboration de la musique ?

 

AG. Le très haut niveau de musicalité des Betrayers leurs permet d'arranger les morceaux dès le début, sur les plans de l'harmonie ou de la structure. J'apporte en donnant le ton avec la voix ou j'interviens pour les choeurs. Je participe toujours et cela me satisfait.  

 

StS. Pratiques-tu des instruments ?

 

AG. Très mal ! Je joue très mal du piano et de la guitare. (Rires) C'est suffisant pour commencer une chanson ou pour m'accompagner... de manière horrible... Je comprends le piano et le système des notes, mais je n'ai aucune aisance.

 

StS. Comment se présente l'opus qui sortira en février ? Quels seront le format et le style des morceaux ? Entend-on de la Soul ? 

 

AuroraGarciaconcert

     Soul Power ! 

AG. Bien entendu, le disque regorge de Soul, car je chante et c'est ce qui m'influence le plus ! On peut évoquer la Soul des années 70, on peut citer Stevie Wonder... Mais il faut écouter cet album, avec également des teintes de folk des Etats-Unis, de Rythm'n'Blues, de Funk, de Pop... La Pop, ici en Espagne, sonne très mal ! (Rires) Mais, d'une certaine manière, la soul n'est-elle pas la Pop noire ? Ces inspirations des 60' et des 70' sont traitées de manière moderne. C'est pourquoi le disque est accessible à tous. Cet album exprime de nombreuses nuances, tout en étant très personnalisé.

 

StS. Comment peut-on expliquer qu'il existe une scène soul-funk si profuse à Madrid ?

 

AG. Je n'ai pas vraiment d'explication... écoutant de la musique noire depuis l'âge de quatre ans. A la maison, on entendait, par exemple, Tina Turner, quand j'étais petite. Concernant tous ces groupes, je ne sais pas vraiment. D'autant plus, qu'il y a trois ou quatre ans, il y avait des jam-sessions de Jazz tous les jours, dans tous les bars ! Du Jazz partout ! Qui fut remplacé d'un seul coup par de la Soul ou du Funk ! Aujourd'hui, de nombreuses formations en jouent. Peut être est-ce pour reproduire en Espagne, ce qu'a réalisé Amy Winehouse, qui est apparue à certains comme une survivante de la Soul. Les gens m'apostrophaient : «Ah ! Tu chantes de la Soul, comme Amy Winehouse !» Et de leur répondre : «Peu m'importe Amy Winehouse ! Elle vient d'apparaître et elle n'est pas là depuis toujours !». Même s'il est vrai qu'il existe aujourd'hui des artistes incroyables et, que, comme tous les répertoires, celui de la Soul doit évoluer ! Ce qui m'a toujours plu a suivi son chemin, et, à un moment, est devenu à la mode. Je crois que cet intérêt est attesté actuellement dans l'Europe entière. D'après ce que j'ai constaté.

 

ConcertAuroraGarciaMadrid

     Le concert de présentation du premier album Shadows go away

StS. En France, il y eut une période «soul-funk» au début des années 90, avec notamment Juan Rozoff, d'autres groupes français et des artistes comme Maceo Parker qui tournaient dans le pays. Nous étions, à cette époque, nombreux à être fans de funk.

 

AG. Ce sont des cycles. C'est un cycle d'influences. En Espagne, les mouvements arrivent soudainement et l'émotion collective explose ! Puis tout s'en va très rapidement !

 

StS. Le public madrilène me semble plus réceptif à cette musique que le public français.

 

AG. Les gens sont chauds. C'est vrai que Juan Rozoff le dit à chaque fois qu'il vient ici !

 

                                                                Propos recueillis par Stéphane Saubole

                                                                Traductions d'Anne Racape,

                                                                lors de l'entretien et pour la retranscription

 

 

 

 

 

Site d’Aurora Garcia and The Betrayers

http://www.auroraandthebetrayers.com/

Page Facebook d’Aurora Garcia and The Betrayers

https://www.facebook.com/pages/Aurora-Garc%C3%ADa-The-Betrayers/600292803336430

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