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Stéphane Saubole - Rédacteur

Musique - Inédit - Interview de Juan Rozoff (3) - Octobre 2013

13 Octobre 2013 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Musique

« Une honnêteté humaine ! »

 

    
     Juan Rozoff sur scène, avec le "maestro" Fred Wesley 

 

 

Serge Reggiani, Prince ou Sandra Nkaké ! Juan Rozoff dit ses émerveillements, à une époque où il est tristement de bon ton d'affecter de ne pas admirer ! L'opportunité pour notre « French Godfather » de se remémorer certaines aventures musicales des plus inattendues... Et nous de dénicher ses « petits cailloux » funky ! Car, « Petit-Poucet rêveur », Juan égrenait dans sa course des chants secrets dédiés à la Soul...

 

Stéphane Saubole. Tu as enregistré trois albums en studio, dont le dernier Maison Rozoff, en 2009. Ce qui m'étonne est qu'il n'y ait pas d'album live de Juan Rozoff, alors que j'imagine que tu te considères comme un artiste de scène.

 

 

JuanRozoffalbum-copie-1

      AbalorladaKor, le deuxième album studio de Juan Rozoff (2001)

Juan Rozoff. Il y a tant de gens qui, depuis 25 ans, me demandent, comme toi : « Mais pourquoi ne fais-tu pas pas d'album live ? » Et je n'ai toujours pas de réponse. Je ne me suis jamais donné les moyens d'avoir une bonne sortie de console. J'ai de bonnes prises, mais ce n'est pas suffisant. Si tu écoutes les enregistrements live de Prince, par exemple...  

    
     En live, au festival Enclave de Agua, à Soria, en Espagne 
  

StS. Mais il a créé son propre studio. Ce ne sont pas les mêmes moyens !

 

JR. On ne parle pas des mêmes ressources financières ! Mais, avant de clamser, je dois en réaliser un. De nos jours, c'est plus accessible, en s'organisant un petit peu. Le problème des captations live, c'est que tu dois privilégier l'enregistrement OU ce que les gens entendent. Tu dois parvenir à un compromis. Car souvent, comme l'ingénieur du son juge que cela sature, tu dois baisser le volume et les gens dans la salle s'ennuient. Il n'y a pas la pression acoustique. S'il n'y a pas la pression acoustique, cela donne un mauvais concert. Si c'est mauvais concert, pourquoi l'enregistrer ? C'est une équation.

 

StS. Tu es fan de funk et de flamenco. La musique que tu as enregistrée pour tes albums s'avère très métissée... Mais il me semble que tu t'inscris aussi dans une tradition d'auteur-compositeur « à la française ».

 

JR. Malgré moi ! Pour le premier album Jam Session, que tu connais (N.D.L.R. : le CD est posé sur la table située entre nous), je privilégiais alors le son, souvent au détriment du sens. Et je me foutais un peu des paroles. On se marrait, c'était rigolo, mais aujourd'hui j'assume moyen. Désormais, je suis vraiment amoureux de la langue française, dont je découvre les mystères. J'essaye d'écrire des textes... Je crois que j'y arrive... Après, ce sont les miens avec leurs défauts, mais je les revendique vraiment.

 

« Brassens, Mouloudji, Reggiani... »

 

StS. Chez les grands auteurs-compositeurs de langue française, quels héritages revendiquerais-tu ? Gainsbourg ? Ferré ?

 

JR. C'est étonnant, parce que tu viens de citer deux personnes que je n'aime pas humainement et j'ai ce « problème » de ne pouvoir faire abstraction... Par exemple, pourquoi Concha Buika t'a « trépané »? Pourquoi cela fait cinq ans que tu la suis ? C'est l'humanité qui se dégage de cette femme, sa sincérité, son authenticité ! C'est ce qui fait que mes poils se dressent ! Or, pour moi, Gainsbourg est un immense compositeur, un immense auteur... On ne peut pas le nier ! Mais, il y a toujours quelque chose... Si ! Je dois confesser que l'album Histoire de Melody Nelson m'a beaucoup plu, ainsi que sa période reggae.

 

StS. Les albums reggae sont incroyables !

 

JR. C'est extraordinaire. Et aujourd'hui, j'apprécie plus. Avec Ferré, j'ai un petit problème. Je sens un ego trop démesuré, sous un couvert d'humilité. Cela m'empêche de kiffer la musique. De plus, ce n'est pas trop ma culture. Moi, c'est plutôt Brassens. Je me rappelle très bien avoir contracté une rougeole quand j'avais huit ans et, alité pendant la durée de la maladie, avoir écouté en boucle un disque de Brassens. C'est ainsi que j'ai commencé à apprécier ce bonhomme... J'aime aussi Mouloudji, des mecs comme ça... Reggiani ! Ma solitude, La femme qui est dans mon lit...

 

StS. N'a plus 20 ans depuis longtemps...

 

JR. Une « honnêteté humaine » ! Un chant ! Même avec la voix tremblotante... J'adore ça.

 

Serge ReggianiFrançoisDucasse1974.(5000x3697)

      Serge Reggiani, immortalisé sur scène en 1974 (Cliché inédit de François Ducasse)

StS. Tu as enregistré trois albums, mais tu as également collaboré avec des personnalités très différentes telles que Disiz la Peste, Human Spirit, David Guetta et bien d'autres...


 

Juan avec Booster ( You're The One, extrait de l'album Loop in Release, Blue Note, 2001) 

Le titre N.O.W., en collaboration avec Uptown Funk Empire
 
Cover de Go Down (AC/DC) avec le C.L.A.F.F.
     

JR. Pour Guetta, on n'en dira pas plus...

 

StS. J'ai entendu dire – même si je trouve cela nul musicalement – que le type est sympa...

 

JR. Et il se trouve que c'est vrai ! Je ne peux pas dire le contraire, même s'il y a eu un petit accroc, vite arrangé, pour une histoire de droits. Il est très gentil. Pour ce projet, il souhaitait intégrer un titre vaguement funky à l'un de ses albums. Et je le remercie d'avoir fait appel à moi. Après... Ce qu'il produit ne me fascine pas et c'est un euphémisme. J'ai l'impression de cracher dans la soupe, mais j'ai tellement de respect pour les « vrais DJ's », ceux qui savent bosser et se servir des platines. Un vrai DJ me fera toujours un effet boeuf !

 

StS. Tu as également joué avec Amadou et Mariam (N.D.R.L : le morceau Je te kiffesur l'album Welcome to Mali, en 2008) et tu as composé une musique pour un spectacle de Jamel Debbouze. Comment as-tu été contacté.

 

JR. Par l'entremise de Kader Aoun, qui était, à l'époque, son metteur en scène et qui avait notamment co-écrit le spectacle Jamel 100% Debbouze. Je l'ai connu quand il était très jeune. Il venait à TOUS mes concerts, avec ses potes. Et comme je savais qu'ils n'avaient pas de thunes et qu'ils étaient super fans, je les laissais régulièrement entrer, lui et sa bande, à mes concerts. Des années plus tard, je le croise dans la rue et il m'apprend qu'il travaille avec Jamel. Or, j'ai toujours été un de ses admirateurs. Il me fait mourir de rire. Je le trouve excellent. J'ai donc reçu un jour un coup de fil de Kader m'expliquant : « Pour son nouveau spectacle, on a prévu une introduction musicale sur laquelle Jamel entre en scène et c'est du James Brown. Or, Brown il nous réclame une fortune pour utiliser les droits. Donc, si tu pouvais nous faire une « jamesbrownerie », cela serait sympa. » Je réponds positivement et, comme j'étais justement en studio à ce moment là, j'ai composé le son le jour même. J'ai enregistré les parties de basse et de guitare. Marlon, mon pote, le producteur, a joué de la batterie. Puis, j'ai pondu un chant vaguement brownien. Sans copier. Je ne copie pas, je déteste ça. Ou alors, je cite. Ce qui n'est pas pareil. Cependant, j'ai plus ou moins conservé l'esprit et le tempo du morceau initial des concerts de James. Histoire que Jamel ne soit pas dépaysé au moment où il entre sur scène.

 

StS. Le morceau avec Bobby Byrd ?

 

JR. C'est exactement cela. Et, après cet enregistrement, je n'ai plus eu de nouvelles pendant trois mois... pour, le jour de la naissance de ma première fille, recevoir un appel : « On enregistre ce soir au Zénith. On ne peut pas le faire s'il n'y a pas ta signature. » Bref... On a signé le truc et je suis content de l'avoir fait.

 

«  Sandra Nkaké est universelle »

 

StS. L'une de tes anciennes choristes est une chanteuse exceptionnelle. Sandra Nkaké !

 

 

     Sandra Nkaké, Happy, "à la maison", pour un set exceptionnel ! 

 

JR. Même si elle participait aux choeurs, je ne l'ai jamais considéré comme une choriste. Pour moi, c'était Sandra ! Elle venait chanter avec moi. Elle m'a accompagné sur scène pendant six ans. A l'origine, c'est une petite sœur... qui est devenue notre « Sainte Patronne » à tous !

 

StS. Elle est merveilleuse !

 

 

         Une "révélation", en vidéo, avant la sortie du premier album Mansaadi

 

JR. Elle est splendide, en tant que chanteuse, en tant que femme et en tant qu'artiste. Sandra a chanté sur tous mes disques, excepté le premier, car on ne ne se connaissaient pas. Je la laissais libre ! En studio, je lui donnais ma trame, puis je lui disais : « Tu sais quoi... Regarde ! La piste un, la piste deux, la piste trois... Je vais boire un café et je reviens ! » Je la laissais libre et elle déchirait.

 

SandraNkakéalbum2

      La couverture du deuxième opus de Sandra Nkaké 

StS. Depuis, elle a explosé.

 

JR. Oh ! Cela fait un moment ! Les gens commencent à la connaître ! Elle a été lauréate aux Victoires de la musique, dans la catégorie jazz. D'ailleurs, c'est bien un syndrome français qui m'insupporte ! Elle n'est pas jazz ! Elle peut chanter du jazz ! Il n'y a pas de problème. Elle a participé à un hommage à Billie Holiday. Mais Sandra peut tout faire ! C'est ce qui est très fort chez elle. Elle peut TOUT. Ce n'est pourtant pas facile de passer d'un style à un autre. Nous avons interprété ensemble des voix bulgares. On prenait un pied immense à reprendre un vieux chant rom. Elle était phénoménale. Sandra a quelque chose d'universel et c'est chouette !

 

 

      Un merveilleux hommage de Sandra Nkaké à Lady Day

 

Propos recueillis par Stéphane Saubole

 

 

Site de Sandra Nkaké

http://www.sandrankake.com/

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