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Stéphane Saubole - Rédacteur

Sport - Objectif Aquitaine - Elan Béarnais - Juin 2005

29 Avril 2012 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Clubs et personnalités du sport

  L’art c’est de durer

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Depuis près de 30 ans, l’Elan Béarnais semble déjouer toutes les logiques économiques et démographiques du sport professionnel dans les compétitions hexagonales et européennes. Des succès qui résultent d’une organisation performante, de décisions courageuses et de la personnalité de ses dirigeants, Pierre Seillant en tête.

 

Seillant« Notre club est organisé professionnellement depuis 1967 et sa montée en Nationale 2. A l’époque, les joueurs dépendaient déjà d’un statut promotionnel qui leur permettait d’être rémunérés, mais pour un montant inférieur à celui de leur autre salaire dans le « civil » » évoque Pierre Seillant, le président emblématique de l’Elan Béarnais Pau Orthez. Depuis, les émoluments des basketteurs ont certes évolué mais l’Elan, qui a accédé il y a 32 saison à la première division nationale, a su conserver un tempo d’avance en termes d’organisation. A titre d’exemple, Orthez s’avéra le premier club français de sport professionnel dont la billetterie fut gérée par informatique. « Nous avons inventé une manière d’opérer que le rugby a ensuite copié » ajoute l’homme d’Orthez à la célèbre faconde. Et d’énoncer pour tout viatique « le travail et la créativité » afin d’expliciter la permanence des succès maison. Les observateurs avanceront que sa décision très courageuse de quitter en 1991 le nid orthézien pour s’envoler vers la capitale paloise et son Palais des Sports de 8 000 places scella le destin d’un club alors devenu l’Elan Béarnais Pau Orthez. « Avec André Labarrère le maire de Pau nous avions conclu cet accord le 10 mai 1989 et avions décidé de ne le rendre public qu’un an après » précise aujourd’hui Pierre Seillant, dont l’initiative fut en son temps vivement critiqué dans la région. « Le choix se résumait pourtant à : vivre à Pau ou mourir à Orthez » affirme celui dont le père avait créé en 1908 – il avait 18 ans- le patronage qui préluda à toutes les sections sportives orthéziennes, dont le basket…

 

Un greffe paloise réussie

 

 

D’emblée, la transplantation du cœur d’Orthez dans le corps palois se révélait une réussite avec l’adhésion d’un nouveau public et une extraordinaire continuité dans les résultats. Déjà titré au niveau national en 1986 et 1987 et vainqueur d’une coupe Korac en 1984, le club a enlevé de nouveau le championnat de France en 1992, 1996, 1998, 1999, 2001, 2003 et 2004, les Trophées des As en 1992 et 1993, la semaine des As en 2003 et les coupes de France 2002 et 2003. Soit au total 12 titres en 13 saisons ! La fidélité du public, avec une moyenne, en cette délicate saison 2004-2005, de 5 000 spectateurs en championnat et de 6 000 spectateurs en Euroligue atteste bien de l’enracinement de l’Elan à Pau. Des supporters qui furent très certainement surpris d’apprendre, le 16 janvier 2003, le remplacement, à la présidence du club - qu’il occupait depuis 1967- de Pierre Seillant par Alain Béral ! On comprit cependant vite que la nomination au poste de directeur exécutif de celui que tout le monde appelle encore le « Prési » relevait d’un choix stratégique, induit par le souhait des collectivités de le voir s’impliquer encore plus pour structurer le club. Pierre Seillant a donc personnellement adoubé son successeur ; un landais de 48 ans passionné de basket, qui assume actuellement le poste de directeur général de la « Brioche dorée » après avoir été le PDG de la société de restauration rapide Quick devenu le principal sponsor privé de l’EBPO en 1998.

 

 

Une club très structuré

 

L’Elan Béarnais Pau Orthez est une Société d’Economie Mixte sportive locale au capital social de 960 000 € réparti entre la ville (25,5%), l’association support (25,5 %) et une vingtaine de partenaires privés (49 %) dont Pierre Seillant. L’article 11 de la loi du 16 juillet 1984 – un texte qui régit l’organisation du sport en France – exclut désormais le statut de SEM pour les clubs professionnels mais précise que « Les sociétés d’économie mixte sportives locales constituées avant la date de la loi du 28 décembre 1999 peuvent conserver leur régime juridique antérieur. » Le conseil d’administration est composé à Pau de 3 représentants de la ville, de 3 représentants de la structure associative et de 4 privés. Afin de fonctionner efficacement, l’Elan Béarnais salarie aujourd’hui plus de trente-cinq personnes dont un directeur administratif, un directeur exécutif, un directeur marketing et son assistant, un commercial et trois secrétaires, pour les secteurs administratifs et commerciaux,. Le domaine sportif recense un directeur sportif, un directeur du Centre de Formation, sept entraîneurs – trois pour l’équipe fanion, deux pour les espoirs et deux pour les équipes de jeunes- un kinésithérapeute, un factotum, douze joueurs professionnels, cinq stagiaires professionnels et deux aspirants. Cette masse salariale représente 65 % des charges d’un budget qui s’élève à 6,2 millions d’euros pour la saison 2004-2005. Les autres dépenses sont suscitées par la location à la mairie du Palais des Sports et la taxe sur le spectacle (500 000 €), les déplacements (400 000 €), le suivi médical, le réceptif, les honoraires des cabinets comptables, des avocats, des agents de joueurs, la taxe professionnelle… Les recettes résultent des sponsors à 40 %, des entrées à 30 %, des droits télévisés à 22 % et des collectivités à 8%. Pierre Seillant rappelle le caractère un tantinet irrationnel d’une activité économique « dont on cerne parfaitement les charges en début d’exercice mais pas toutes les entrées qui sont pour certaines liées aux résultats sportifs » Il pointe également l’hypertrophie de la masse salariale dans le chiffre d’affaire, qui caractérise l’ensemble du sport professionnel français. Afin de stabiliser budget, l’Elan Béarnais Pau Orthez a su mobiliser les collectivités locales et territoriales, attirer des partenaires privés nationaux tels que Quick, Nike, AGF, Siemens, ou Demeures de la Côte d’Argent et fédérer près de 80 entreprises issues du creuset régional.

 

Les succès de la formation paloise

 

L’un des secrets de la réussite paloise réside dans une politique de formation sportive qui permet à un bassin de pauorthez2population de 150 000 habitants de rivaliser avec des métropoles européennes en Euroligue. Claude Bergeaud, le sélectionneur de l’Equipe de France depuis décembre 2003, a dirigé la formation Paloise de 1991 jusqu’à sa prise en charge de l’équipe professionnelle en décembre 1998. Après trois titres de champion de France et une coupe de France, il redevenait à sa demande directeur du centre de formation en juin 2002. « Je n’ai jamais voulu être un montreur d’ours. Et à Pau, on ne s’engage pas dans un processus formateur par défaut mais parce qu’on y croit. Il existe un véritable don de soi de la part des dirigeants. » s’exclame-t-il. Le Centre de Formation dont le budget est compris entre 800 000 € et 1 million d’euros, abrite aujourd’hui une quinzaine d’espoirs du basket après avoir accueilli les débuts de Boris Diaw et Florent Piétrus qui évoluent désormais en NBA.

 

Pierre Seillant, l’homme fidèle

 

Pour Claude Bergeaud, Pierre Seillant est la pierre angulaire de la réussite paloise. « Il sait conduire aux victoires et assumer les échecs, choisir les hommes et garder le cap. Il n’a pas une politique de girouette ». Et d’illustrer sa sagesse en matière de gestion des hommes, en rappelant qu’en dépit des mauvais résultats du début de saison il a maintenu sa confiance à l’entraîneur Didier Gadou, qui fut auparavant l’un des « guerriers » pendant 20 ans de l’Elan sur les parquets. La fidélité apparaît comme la vertu qui définirait le mieux Pierre Seillant, âgé de 64 ans, qui joua au basket et au football pour cette association dont il fut le président dès 1967. « C’est mon club et c’est une grande famille. J’y ai consacré pendant des années tous mes temps de loisirs » évoque celui qui a exercé une carrière d’Agent Général d’assurances AGF à Orthez et à Pau. Déplorant « l’égo surdimensionné de certains joueurs actuels », il demeure par ailleurs un fervent défenseur du système sportif européen et récuse les ligues franchisés à l’américaine. « Pouvoir accéder à la division supérieur ou descendre à l’échelon inférieur constitue l’essence même du sport ». Admettant également « toujours ressentir de la peur pour son club, mais une peur stimulante », Pierre Seillant s’avoue inquiet pour l’avenir d’un basket français dépassé dans les médias par l’explosion du Top 16 rugbystique. Car comme l’énonce, telle une exorde, la devise de l’Elan Béarnais Pau Orthez  et le prouve la vie du club : « L’art, c’est de durer ».

 

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Texte et photographies de Stéphane Saubole

 

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Clovis Simard 12/08/2012 03:34

Blog(fermaton.over-blog.com),No-9. THÉORÈME CARTER. - Un homme heureux ?