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Stéphane Saubole - Rédacteur

Littérature - Inédit - L'Escale du livre - Avril 2013

29 Juin 2013 , Rédigé par stephanesaubole Publié dans #Littérature

Tout, sauf de tristes tropismes !

 

L’Escale du livre permet chaque année la venue à Bordeaux d’écrivains, d’éditeurs et de libraires issus du grand sud ouest, d’Hexagonie et de tous les horizons… Le parvis et le parc attenant à l’église Sainte-Croix ont accueilli, du 5 au 7 avril, l’édition 2013 de la manifestation. L’opportunité, pour ceux qui les ont déjà humées, de respirer à nouveau les fragrances du terreau littéraire d’un « quart de France ».

 

FrançoisDucasseEscaledulivreBordeaux

        L'Escale du livre, sur le parvis de l'église Sainte-Croix (Photo François Ducasse)

On utiliserait avec gêne – afin d’évoquer cette marqueterie de biotopes - le mot de « province », parfois énoncé avec une décevante condescendance par certains doctes esprits de la capitale ; un vocable qui désignerait une terra incognita uniforme, un ensemble indistinct ou pittoresque, au delà des limes de la République des Lettres… Comment convaincre tels essorillés que des auteurs de Sabres ou de Périgueux ne se revendiquent pas inévitablement d’un terroir, que les « identités » - lorsqu’on les convoque - se révèlent fines, inextricables et tigrées… que le talent n’a pas d’adresse postale ? Et ne nous méprenons pas ! On peut être « politiquement » Jacobin et regretter que Benard Lubat ou Michel Suffran ne soient des icônes nationales ! Mais c’est un autre débat… Ce qui ne devrait pas y prêter est la reconnaissance de l’une des invitées du salon comme l’un des écrivains actuels majeurs. Marie NDiaye s’exprime d’une « voix » unique, aux côtés de grands anciens tels que J.M.G. Le Clézio, Philippe Sollers… ou Michel Déon. Agé de près de 94 ans, le dernier des Hussards était également l’un des convives de l’escale bordelaise.

 


Les éditeurs et les libraires à l’honneur

 

Les festivités livresques de cette nature sont des opportunités rares de rencontrer d’autres acteurs essentiels que sont les libraires et les éditeurs ; même si, en cette circonstance, nous n’avons pu revoir nos amis de Myriapode, deCulture Suds ou de La Librairie Georges… que nous saluons chaleureusement. D’autres personnalités nous attendaient sur leurs stands, dont les ambassadeurs de Citadelles & Mazenod. A l’extrême opposé d’une « Taschenisation » (que nous déplorons… tout en acquérant leurs productions bon marché), la maison créée en 1936 par Lucien Mazenod se distingue, depuis sa naissance, par de prestigieuses publicationsCitadellesMazenodFrançoisDucasse « sur mesure ». Ces orfèvres de l’édition d’art ont initié les collections La Galerie des hommes célèbres, ou Les Œuvres célèbres, dirigées, en leur temps, par Raymond Queneau, Maurice Merleau-Ponty, André Leroi-Gourhan… Les trente-cinq titres de L'art et les grandes civilisations – des sommes de plus 600 pages – ont définitivement consacré cette entreprise de diffusion des savoirs. Après sa reprise par François de Waresquiel en 1984, l’éditeur choisira le nom de Citadelles & Mazenod, tout en perpétuant la tradition de parutions  d’une très haute tenue, en termes de contenu et de forme. Des études monographiques (Raphaël, Rembrandt, Goya...) côtoient, dans leur catalogue, des volumes dédiés au patrimoine de grandes villes (Paris, Rome, Istanbul...), ou des « coups de cœur » (Fresques italiennes de la Renaissance...). Toujours impressionnants à feuilleter (et relativement onéreux…), ces beaux-livres étaient présentés à Bordeaux par deux gentlemen gascons, hommes de culture et de partage. La discussion chemina de Picasso à Zocato, de Jean Lacouture à Germaine Tillon, de Chaban-Delmas à Rol-Tanguy, pour se conclure sur l’évocation du grand-père d’un de nos interlocuteurs ! Paul Adolphe Marie Prosper Granier de Cassagnac (Guadeloupe, 1842 - Saint-Viâtre, 1904) fut journaliste, député du Gers et fameux bretteur, avec vingt-deux duels victorieux, dont l’un l’opposa à Charles Maurras !

 


Drouyn, Arnaudin, Iturria…

 

D’autres parfums émanaient chez Les Editions de l’Entre-deux-mers, notamment du très émouvant Bordeaux mémoire partagée, un recueil d’images sensibles de l’ami Ducasse, accompagnées des textes du regretté Jean-François Mézergues et d’une préface admirablement suffranesque. Nées en 2000, Les Éditions de l’Entre-deux-Mers furent initiées afin d’éditer l’intégrale des créations de Léo Drouyn (1816-1896), auteur, en sus d’autres vocations, de plus de 5 000 dessins et de près de 1 550 gravures, témoignant du patrimoine aquitain de son époque. Le parti-pris originel était donc « de présenter tous les documents iconographiques : non seulement les dessins, mais les croquis, des notes archéologiques manuscrites, non seulement les gravures à l’eau-forte, mais les gravures sur bois ou les morsures sur zinc, plans ou détails. » On connaît moins noble intention ! Depuis son siège de Saint-Quentin-de Baron, cette structure éditoriale présidée par l’historien Bernard Larrieu a progressivement enrichi, de volumes en format à l’italienne – dix-huit à ce jour - la collection Léo Drouyn, les albums de dessins. La consultation du tome Le Bassin d’Arcachon et la Grande Lande (1998 puis 2009) incidenta une discussion sur les caractéristiques de la forêt usagère de la Teste-de-Buch, ses baillettes, ses maisons de résiniers et son « sommet » : Le Truc de la truque, culminant à 75 mètres (si, si !).


 

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       Du côté d'Arcachon, par Léo Drouyn...

 


Afin de continuer à être en excellente compagnie, des haltes s’imposaient chez Les Dossiers d’Aquitaine, heureux éditeur de Franck Lafossas et de Michel Suffran, ou aux Editions du Cairn pour déguster la « trilogie espagnole » de Michel Dieuzaide (Aficion, Españas, Compas). Quelques mètres plus loin, les Editions Atlantica dévoilaient Pays Basque, au tournant d’un siècle, un ouvrage de Jean Dieuzaide, le père, (1921-2003), photographe né à Grenade, en Haute-Garonne, et mondialement connu pour son portrait de Dali « sauvé des eaux », les pointes de la moustache tressées de fleurs…

 

 

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       Dalì dans l'eau, (Cadaquès, 1953, Jean Dieuzaide)

 


Sur le même étal, mais sur un tout autre registre, on découvrait avec bonheur le livre consacré à Pablo Tillac, peintre, graveur, sculpteur et illustrateur. Cette récente publication (Pierre Minvielle, Pablo Tillac, Le portraitiste des Basques, 2013) révèle tout l’éclat d’un artiste qui illustra la vie des marchés, des églises ou  des trinquets de Cambo et de ses environs.

 

 

PabloTillacAtlantica

 

 

Si sa famille est originaire de Sare, Michel Iturria est  né, a grandi et a diffusé son art depuis la capitale aquitaine. En 2012, fut édité par Le Castor Astral une sélection de ses saisissants dessins (Iturria, la vie comme elle va), à l’occasion de l’exposition l’honorant au Musée d’Aquitaine. Il est vrai que Bordeaux peut s’enorgueillir d’une glorieuse ligné avec Sem, Sempé, Chaval…

 

 

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       Zocato, Ducasse, Iturria, une première ligne de rêve (2010, Photo DR)


Le Castor Astral,présente chaque année à L’Escale du livre la provende d’une politique éditoriale très diversifiée, dont les études de Florent Mazzoleni, grand spécialiste de la Great Black Music (Burkina Faso, musiques modernes voltaïques, Musiques modernes et traditionnelles du Mali…). Mais, incontestablement, leur « coup médiatique » du moment s’avère Céline coupé en deux, une « fiction » traitant du cas Destouches… écrite par Eugène Saccomano ! On apprend ainsi que ce dernier, plus connu pour « refaire le match », a publié plusieurs romans dont Bandits à Marseille (Julliard), qui inspira le film Borsalino.

 


Un festin d’Aquitaine

 

Un arrêt aux Editions Confluences offre toujours l’inextinguible plaisir de se plonger dans la prodigieuse œuvre de Félix Arnaudin (1824-1921), le « Grand Homme » de la Haute-Lande,écrivain, photographe, linguiste, folkloriste, historien, ethnologue inexpugnable d’un terroir en transformation … né et mort à Labouheyre

 


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       Le stand de la revue Le Festin à L'Escale du livre (Photo François Ducasse)

 


Ces fibres landaises composent l’une des trames patiemment élaborées par Le Festin, depuis sa naissance en 1989. La revue butine son pollen à toutes les efflorescences de l’Aquitaine, diffusant depuis 85 numéros ses richesses artistiques et patrimoniales, tout en développant une activité d’éditeur. Parmi leurs publications, on retrouve le très beau catalogue de « l’exposition-retrospective » consacrée, en la chapelle médiévale de Mérignac, à Bernard Ouvrard (La Tête contre les murs, 2007). Le modeste auteur de ces lignes avait eu l’honneur d’admirer les toiles de ce peintre de premier plan, en compagnie de Michel Pourteyron, un autre immense artiste… toujours présent dans nos cœurs… Sur l’opuscule pré-cité apparaît le témoignage intense d’une autre personnalité regrettée. L’écrivain et journaliste Patrick Espagnet avait offert, en un texte dédié à son ami Ouvrard, ses miraculeuses fulgurances…  

 

 

BernardOuvrardLeFestin

  La tête contre les murs (Le Festin, 2007)

 


Un air d’Espagnet

 

Le nom du « joli petit talonneur de Grignols » était sur toutes les bouches durant le salon bordelais ; une maison d’édition du cru étant résolu à publier une anthologie d’écrits qui ont marqué au fer une génération de « Bordeluches » et de tant d’autres… Sa prose, digne d’un Audiard déjanté, ensorcelle le lecteur des dix nouvelles de La Gueuze, (Cultures sud, 2001), titrées de noms de boissons alcoolisées, du Pomerol à laPatrickEspagnetrugby Jeanlain. Cette déclaration d’amour aux mots issus de tous les horizons éclaire également les récits de XV Histoires de Rugby (Cultures sud, 2003), le livre le plus « gascon », enraciné dans le terreau de l’Ovalie. Et puis il y a Les Noirs (Loubatières, 2002), ce recueil de poèmes en prose aux accents incantatoires ; originellement une projet de collaboration avec François Ducasse, qui reçut ensuite le soutien admiratif de Pierre Albaladejo. Patrick Espagnet avait déjà publié en 1994 Ventre de ville (Editions Confluences et mairie de Bordeaux, 1994), une pièce courte qui éclairait d’une lumière crue ces heures où au marché des Capucins travailleurs et noctambules se croisent quand « le petit matin s’approche comme un chat du côté de la gare ». Bien avant, ses articles pour Sud Ouest avaient converti de nombreux aficionados, avec notamment cette chronique aussi décapante qu’attendue – Dérives – qui abordait les thèmes les plus variés. Il faudrait relire des perles telles que Froaések et Lumidédou, Messieurs les anglais, Entre deux, mais également le préambule au beau-livre Les Chemins de l’arène (photographies de François Ducasse, Editions Cairn, 2003)… et les hommages posthumes que lui ont rendu Christian Seguin ou Jean-François Mézergues… Des histoires sui généris, de généreuses échardes extraites du compost d’une florissante biosphère… Contons-les.  Car il s’agit de tout, sauf de tristes tropismes !

 

Stéphane Saubole

 

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